
Nuit 1
Devant une chartreuse, je recherchais la Nièce
M’enivrant de liqueurs, sous des plafonds tardifs
Une nymphe de cendres, chaloupait dans un drap
Son corpus de feu plein de propos taiseux
Nous étions des albatros civils
Ne sachant où poser nos palmes pauveresses
Au milieu de corps sveltes vieillis par la ville
Nous étions vingt rustauds portant notre détresse
La reine mère trônait en son fauteuil d’albâtre
Quand le trésor des cieux se trouvait accablé
Le ciel du monde courroucé dans son âtre
Retrouvait les accents, d’une ronce épousée
Bus
Posé sur le bitume, il a envie d’aimer
Un voile tropical s’étendait sur la lande
Des carrés de béton suivaient des herbes mornes
Acier fusant dans le miasme carbonique
Moment gazeux du solitaire voyageur
Esprit guimauve à la beauté des absences
Je croisais des êtres à la pâleur du semblable
Dans l’aire industrielle : des visages amovibles
Famiglia
Né d’une famille d’une implacable normalité
Dernier métal sapide au creuset des siècles
Rassurant ronronnement traditionnel et sage
Dissidence de jouvence à la brume moderne
But
Versifier sans projet
Bénédiction couarde
Métal de la psyché
Cuivre poli, fausse monnaie
Tintant comme le papier
Trébuchant comme le drame
Repoussant comme mon moi
Saillies #1
Je me prélasse dans la petitesse topographique
Barbarie : mouvement incandescent
Bon voyage, moi, je mourrais peut-être
Massacre, torture, potence - voilà vos droits de l’Homme
Nuit #2
Dans un cachot macabre, nous nous retrouvions
Heureux par l’eau de vie tisonnant nos passions
Des corps graciles et souples : rampes pour libations
Suie, sueur et cendres, dans le Styx nous plongions
La brume goudronneuse évaporait la nuit
Des tintements de cristal résonnaient dans les moelles
Délicates et pressées de jeunes éphèbes transis
Recherchant un regard, le long fil d’une Ariane
Assombrir les poumons, encrasser notre foie
Par ces belles pratiques, nous voulions revenir
Camoufler notre peur et changer notre moi
Expirer violemment, feindre de ne plus mourir
Nous ressortions déçus dans le petit matin
La Seine et sa rosée débarrassait la nuit
Des éclats mensongers et des serments repris
Larmoyant mais ravis, nous y reviendrons bien.
Vacances
Un soleil bonhomme s’étendait sur le pré
Réchauffant humblement quelques herbes fauchées
Par des bovins tranquils, s’étant couchés à l’ombre
La sieste s’attachait comme alliée la pénombre
Vaisselle dépourvue sur une table défaite
La chaleur opérait son oeuvre triomphante
Et personne n’osait s’affairer à la tâche
Attendant la douceur en office de cravache.
Volupté
Mon corps gargouille de plaisir
Désir : aliénation chérie
Au milieu des murailles de lassitude
Plaisir : cheval de Troie
Contre la quiétude morne, incendie des voluptés
Nuit #2
Au milieu des amis je paraissais sans gloire
Mendiant des lauriers, que m’imposait le soir
Qu’abandonne la nuit lorsqu’elle termine seule
J’allais vite me cacher dans le fond d’un linceul
Pâle, gras et sanguin, les lumières poissaient
La peur intransigeante du pâle reflet
Des pupilles érotiques, qui titillaient mes yeux
Je n’avais plus qu’un souhait : me débarrasser d’eux.
Saillies #2
Horreur : couple attablé silencieux
Désir : aliénation chérie
Barbarie totale : DJ
J’ai rencontré le divin dans le murmure des nuits d’enfance
Il faut entendre l’Histoire comme le souffle de la race
Rencontre
Elle portait des échancres, semblables à des guenilles
Ses cils dessinés, renvoyaient la vieillesse
D’une vie déjà lourde, et affadie de drames
Sa pupille conservait, l’éclat d’une pucelle
Elle resta là assise devant mes yeux avides
Attendant de percer la langueur d’une époque
Qui fait de jeunes pousses, des adventices grises
Dans la nuit elle partit, par la ville touffue
Paupières dessinées et des ongles pointus
Maladroite mime de ses soeurs et ses mères
Derrière un masque fauve, transperçaient les années
De sa jeunesse courte, et de longs pleurs versés
Au milieu de furies, aux babillages inertes
Elle semblait à l’écart, les yeux à moitié vides
Mes larmes s’abreuvaient des sillons de pitié :
Elle avait l’air poupin, sous son masque de femme
Saillies #3 avec LFC - Fragments d’une dithyrambe
Je ne finirai pas la semaine, je vais mettre de la musique
L’amour c’est l’infini mis à la portée des caniches et j’ai ma dignité moi
On est puceau de l’horreur comme on l’ est de la volupté
un velours vivant, ce temps de paix
Chacun sa terreur
Envie de s’embrasser malgré tout, comme on se gratte
Je sais ce que je veux : je ne veux pas mourir
Cette castration libératrice fit sa fortune
Des mains à ne jamais rien comprendre
A 37° tout devient banal
Moi aussi j’ai été me traîner vers les lumières
Une blonde qui possédait des nichons et une nuque inoubliables a cru bon de venir rompre le silence
Il est impossible de dormir seul
“Mademoiselle, vous me connaissez fort peu mais moi déjà je vous aime, voulez-vous que nous nous mariions ?”
La paresse c’est presque aussi fort que la vie
voyage […] petit vertige pour couillon
On est devenu salement vieux d’un seul coup
On cède au bruit comme on cède à la guerre
Un festin de désirs. Et je redevenais inquiet
Je l’aimais bien sûrement, mais j’aimais encore mieux mon vice
Je n’en finissais pas de quitter tout le monde
On peut puer de la gueule, on est tranquille après ça
Ce sont des esprits d’insectes dans des bottines à boutons.
Faut rien leur dire, à peine les approcher.
Elles sont mauvaises
J’avais de l’espace.
Son vice interminable qui lui infligeait en même temps plaisir et pénitence
Je me suis tortillé autour de son ventre comme un vrai asticot d’amour
[coït] : nous venions d’économiser dix ans
Entre le pénis et les mathématiques, il n’existe rien !
On s’organise
On peut dire qu’elle était amoureuse et bien emmerdante.
Il les trouvait bien les mots, mais il les sortait pas, ils lui restaient dans la bouche, à faire des bruits
Le corps, une divinité tripotée par des mains honteuses
Branlocher des petits chagrins
On ne se méfie pas d’eux des mots et le malheur arrive
Moi j’ai plus envie qu’on m’aime… Ça me dégoûte !
La vie. Atroce aventure.
Nuit#3
Des êtres faméliques aux atours colorés
Dansaient dans les cachots, où nous allions nous perdre
En ces corps concentrés, nous pleurions la jeunesse
Nous ne savions pas jouir pleinement du bruit
Du peu d’années passées, abîmant la tendresse
Nous respirions encore, notre excédent de vie
Un bavement cynique, remontait à nos joues
Nous les moquions toujours, de nos gorges de clous
Nous nous croyions superbes, élancés et vifs
Cultivés et ravis, nous méprisions cette plèbe
Où notre vigueur, eût voulu y périr
Regrets
Que j’eusse aimé vivre dans un âge éclatant
Dépenser ma vigueur, au milieu de l’Histoire
Quand tout était beau, grand : rien n’était grave
Sentir une jeunesse, au meilleur de nos temps
Nostalgie des beaux cols et des verres d’absinthe
Nostalgie de Rimbaud, Prévert et de Verdi
Nostalgie pathétique, de la vigueur des plaintes
Quand l’Histoire venait prendre le fils chéri
En ces temps fabuleux, où,
la langue qu’on relit laisse envisager
la beauté des sculptures, la grandeur des poètes
et où des nuits sans Lune près d’un corps extasié
sont la récompense des temps de pauvreté
Las, comme j’eusse aimé jeunot galant moustachu
hardi,
chanter avec mon âme, les frissons d’un Péguy
Comme j’eusse aimé sortant de la Sorbonne
Discourer sur Hippone à côté de Dali
La lumière des torches, le charme des calèches
La cravate nouée, la cigarette au bec
l’Europe déprimée, nous rend la vie bien sèche
Quand nos mots sont perdus, quand sont las les bonbecs
Je marchais dans Paris
Je marchais dans Paris, le cœur plein d’éthanol
L’inquiétude me forait, j’abhorrais cet ennui
Ah me dis-je, devant le Panthéon
Que ta vie est superbe quand tu aimes ces nuits
Je marchais dans Paris, le coeur plein d’éthanol
La lune protégeait, les jeunes couples transis
Orphée terminait seule, mais je n’étais pas triste
Car la joie me portait, jusqu’aux bras de mon lit
Je marchais dans Paris pensant à mes amis
De ce genre si pur, qui jamais ne renie
J’en avais quelques uns, oh que je les aimais
Ma bouche si éloquente, ne parvenait jamais
À dire oh combien, dieux, parmi tous ils comptaient
Je marchais dans Paris
Je marchais dans Paris
Et ce doux train roulant
Me ramenait entier auprès de ma maman
Toujours elle s’inquiétait, toujours je revenais
Je traversais la nuit, pour la seule rassurer
Je marchais dans Paris
Saillies #4
Le robinet à larmes, n’a pas de mitigeur
Les larmes sont une pornographie
Il faudrait dormir.
Aurais-je trente ans ?
(À actualiser)
Pro Ronsard
Pour qui gardes-tu tes yeux
Et ton sein délicieux
Ton front, ta lèvre jumelle ?
En veux-tu embrasser Pluton
Là-bas, après que Charron
T’aura mise en sa nacelle ?
Après ton dernier trépas
Gresle, tu n’auras là-bas
Qu’une bouchette blesmie :
Et quand mort je te verrais
Aux ombres je n’avouerais
Que jadis tu fus ma mie
Donc, tandis que tu vis
Change, maîtresse d’avis
Et ne m’épargne ta bouche
Incontinent tu mourras
Lors tu te repentiras
De m’avoir été farouche
A Maîtresse Approche- toi !
Tu fuis comme un faon qui tremble
Au moins souffre que ma main
S’ébatte un peu sur ton sein
Ou plus bas si bon te semble
Zeus
Une vague dégénérescence
Occupait toute mon âme, en des soirées sans Lune
L’Historien embriguait, des mains vidant des urnes
Dans l’ère du soupçon
J’étouffais
les souvenirs de l’enfance
Foudroiement quotidien
Où est la Vérité ?
Entre la Croix et le saule
Voilà que je la cherche
Et le silence répond
Frénésie destructrice
L’Au delà multiforme
Détruit les âmes curieuses
Si nous avons le choix ?
Si souverain dans la foi
Te voilà pauvre hère
Quant auprès des autels,
Tes repères sont vides
[Judith - Pour A.L.]
Te voilà comme Judith, affrontant les barbares
Ton bras est dépourvu, d’aucun acier trempé
Alors tu cries, tu hurles, égaré dans le soir
Le souffle de la race, et tes désirs de paix
Et la laideur occupe, les esprits et les lieux
Comme une peste miteuse, elle grignote l’espoir
Et demeurant unique, quand partout il fait noir
La lumière première, ne quitte pas tes yeux
Tout cela est vain
Tout cela est pauvre
À quoi bon sacrifier, un destin comme une rose
Qui dans un souffle brusque
Aspiré par le feu, sans plus aucun subside
Est bientôt disparu, sans une âme qui vive
Et pourtant tu te bats, tu écris et tu aimes
Par cet honneur ultime, tu conjures le malheur
Tous ont abandonné, tous ont tout laissé choir
Et toi Homme brûlant voilà que tu te dresses
Tes ancêtres te voient, tes prêtres t’accompagnent
Ton sacrifice est vain, mais c’est ton seul destin
Car devant le jugement voilà que tu t’avances
As-tu vécu ? As-tu été ?
Je serai, j’ai été, je suis ce que vous fûtes
Forcené comme tu plaides, condamné par l’Histoire
Et par ta seule présence, tu sauvegardes l’espérance
Port royal
Une froideur lancinante, s’abattait sur les rues
Des passants empressés, traversaient les avenues
Je les regardais, hilard, se hâter et courir
Car, dans la froideur du soir, je désirais mourir
Après réflexions, je m’étais décidé
Cette ville infâme ne me connaîtrait plus
Du porche, d’où je m’étais couché
voilà que les azurs, demandaient ma venue
Pourtant, j’étais bien installé
un espace assez grand, la vue sur les nuées
Les commerces bien proches, trains à proximité
j’avais très froid l’hiver, et bien trop chaud l’été
Me voilà décidé, je sorti de mon antre
dans le silence fœtal, il fallait que je rentre
et au bord du quai voilà que je m’abaisse
avant que ce train, ne me décolle la tête
Saillies #5
Paris est trouée de caveaux
Sécheresse comme solitude - clé de compréhension
Amour maternel : cocon phosphorescent
Athénée : limons de fulgurance
Où-va-t-elle aimer ?
Lendemain de nostalgie.
Volutes
Si on grattait mon cœur on verrait
des petits grumeaux de poussière
et des volutes pesantes s’échapper
dans l’air du soir, irritant les bronches
Si on grattait mon cœur on trouverait
des restes de grands Meaulnes, un Ctésiphon d’amour
dont le spectateur
admirerait les ruines
Si on grattait mon cœur on entendrait
Le regain sourd et le besoin de vie
face à la lourde Circé qui,
berce mon esprit de vapeurs stériles
Et me trompe par des jeux
seuls connus de mes mémoires
Si on grattait mon coeur on saurait
que, sous les couches de rancœur, la terre est meuble et riche
Et que de graines il ne manque
qu’une main blanche et délicate
Parfumée de lavande
Y déposant une larme
et luxuriant mon âme
Si on grattait mon coeur on admirerait
les édifices immenses construits par ma mémoire
le long filet des siècles, et les races de gloire
qui n’éclosent jamais
dans la vitesse du monde
Si on grattait mon cœur on dirait,
que ces sanglots faciles ne sont pas inutiles
mais qu’une telle terre doit être vendangée
Si on grattait mon coeur je répondrai
qu’espace désolé et froid est la terre
après le flot de la lave
mais qu’ensuite la nature,
reprend partout ses droits
des chrysanthèmes jusqu’au camélia
revoilà la vie dans sa première jeunesse
Nouvelle prière sur l’Athénée
Apollon me touche, et je m’exécute
Sa prière m’est soufflée, il me faut l’annoncer
Aux hommes de peu enfin la bonne nouvelle :
Le vrai ordre s’élève d’où il était caché
Car la beauté des sens : hiérarchie des contraires
Entre les brumes et les clartés,
du Dieu Lyre je suis Objet
Inexplicable saillies, rendons un culte à la beauté
Transcendance évidemment divine : Vrais Dieux et Vrai Beau
Message annoncé, message décuplé
Les voiles se dissipent
L’ordre encore et la lumière
Les rayons de la gloire irisent mon esprit
Chaque partie de ce corps : louange sur l’Athénée
Heureux qui comme Ulysse
Hélas mon fils, malheureux parmi tous les mortels
Perséphone, fille de Zeus, ne te trompe en rien
Mais c’est la justice des hommes quand quelqu’un meurt :
Et la flamme du feu brûlant emporte les chairs et les eaux
Et l’âme volatile, s’envole comme un songe
Espoir
Dans la nuitée diurne
Volaient de grands chasseurs
Au dessus des marquis
Les âges se rencontraient
Nous étions tous assis
La plupart ébahis
Parfois un peu inquiet
Moi seul, j’étais rassuré
La volute technique
Protégeait nos années
Et l’histoire frustrante
Nous était plus qu’acquise
Ces objets belliqueux
Perdaient toute violence
Et nos verres sirupeux
Trinquaient à leur aisance
Morphée à l’Aurore
La Lune me jugeait, de son croissant lascif
Ferrare
Nel mezzo del cammin di nostra vita
Ferrara
Metafisica, antica et bella città
où esquiver la nuit
et aux façades de diamants
qui renvoient
les ombres
des familles oubliées
des amours immortels
des ducs
aux larges sourires
affamée de présents
oubliée de l’histoire
Ferrare
ville d’où sourdent les songes
Son nom est personne
Dans la lumière diurne je quittais son cocon
Conservant maladroit le goût de ses baisers
Quand le dur vent d’Hiver, m’en arrachait le ton
Et rappelant partout que, peut être, j’aimais
J’affichais dans la rue un grand sourire narquois
Face aux teintes livides et aux façades de pierre
Je torturais mon être, de ce simple pourquoi
De voir mon cœur si plein, de ce bonheur amère
Sitôt hors de ses bras je reparaissais lâche
Maudissant cette absence qui brise toutes les attaches
Je répétais son goût pour masquer ma dérive
Et déjà le regret et toujours le : “qui vive ?”
L’ai je à peine quittée, que je voulais revenir
Me rassurait de tout, garantir notre avenir
Oser la fatiguer de mes purs impatiences
Pour toujours cultiver, ce limon d’inconscience
Elle était une erreur dans tous ses beaux aspects
Et je jouais mon temps, comme un riche héritier
Qui brûle par les deux bouts, une vie peu avide
Croyant par cet écart, boire la cigüe acide