Phèdre se livre à une passion interdite, qui la perdra ainsi que son amant. Tragédie morale et tragédie psychologique.

  • Hippolyte sur le départ d’Athène

Cet heureux temps n’est plus. Tout a changé de face

  • Phèdre Acte I Scène III

    Mes yeux sont éblouis du jour que je revois

    Et mes genoux tremblants se dérobe sous moi

    Tout m’afflige et me nuit, et conspire à me nuire

  • Oenone Acte I Scène III

    Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours

    Voulez-vous sans pitié laisser finir vos jours ?

    Quelle fureur les borne au milieu de leur course

    Quel charme ou quel poison en a tari la source ?

    A quelle affreux dessein vous laissez-vous tenter ?

    De quels droits sur vous-même osez-vous intenter ?

    Vous offensez les dieux auteur de votre vie

    Vous trahissez l’époux à qui la foi vous lie

  • Phèdre Acte I Scène III

    Oh haine de Vénus oh fatale colère

    Dans quels égarements l’amour jeta ma mère

    Puisque Vénus le veut, de ce sang déplorable

    Je péris la dernière, et la plus misérable

    J’aime… A ce nom fatal, je tremble, je frissonne

    J’aime

  • Oenone Acte I Scène III

    Juste ciel ! tout mon sang dans mes veines se glace

    Oh désespoir ! Oh crime ! Oh déplorable race !

  • Aricie Acte II Scène I

    Reste du sang d’un roi, noble fils de la terre,

    Je suis seul échappée aux fureur de la guerre.

    J’ai perdu, dans la fleur de leur jeune saison,

    Six frères, quel espoir d’une illustre maison !

    Le fer moissonna tout, et la terre humectée

    But à regret le sang des neveux d’Erechthée

  • Hippolyte Acte II Scène II

    Les Dieux livrent enfin à la Parque Homicide

    Je sais, sans vouloir me flatter

    Qu’une superbe loi semble me rejeter

    La Grèce me reproche une mère étrangère

  • Phèdre Acte II Scène V

    Innocente à mes yeux je m’approuve moi-même

    Objet infortuné des vengeances célestes

    Je m’abhorre encore plus que tu ne me détestes.

    Les dieux m’en sont témoin, ces Dieux qui dans mon flanc

    Ont allumé le feu fatal à tout mon sang

    Ces Dieux qui se sont fait une gloire cruelle

    De séduire le cœur d’une faible mortelle.

    Toi-même en ton esprit rappelle le passé.

    C’est peu de t’avoir fui, cruel, je t’ai chassé.

    J’ai voulu te paraître odieuse, inhumaine.

    Pour mieux te résister, j’ai recherché ta haine.

    De quoi m’ont profité mes inutiles soins ?

    Tu me haïssais plus, je ne t’aimais pas moins

    Tes malheurs te prêtaient encore de nouveaux charmes.

    J’ai languis, j’ai séché, dans les feux, dans les larmes.

    Il suffit de tes yeux pour t’en persuader

    Si tes yeux un moment pouvaient me regarder

    Venge-moi, punis-moi d’un odieux amour.

    Digne fils du héros qui t’a donné le jour

    Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.

    La veuve de Thésée oser aimer Hippolyte

  • Phèdre - Acte III Scène I

    Moi régner ! Moi ranger un état sous ma loi !

    Quand ma faible raison ne règne plus sur moi l

    Lorsque j’ai de mes sens abandonné l’Empire

    Quand sous un jour honteux à peine je respire !

  • Phèdre - Acte III Scène III

    Presse, pleure, gémis, peins lui Phèdre mourante

    Ne rougit point de prendre une voie suppliante.

    Je t’avouerai de tout ; je n’espère qu’en toi

    Va : j’attends ton retour pour disposer de moi

  • Phèdre - Acte III Scène III

    Mourons. De tant d’horreurs qu’un trépas me délivre

    Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre ?

    La mort aux malheureux ne cause au point d’effroi

    Je ne crains que le nom que je laisse après moi.

  • Oenone - Acte III Scène III

    Pour sauver votre honneur combattu

    Il faut immoler tout et même la vertu

  • Phèdre - Acte III Scène III

    Dans ses yeux insolents, je vois ma perte écrite

    Fais ce que tu voudras, je m’abandonne à toi

    Dans le trouble où je suis je ne puis rien pour moi

  • Thésée - Acte III Scène V

    Que vois-je ? Quelle horreur dans ces lieux répandue

    Fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ?

    Si je reviens si craint et si peu désiré

    Oh ciel ! De ma prison pourquoi m’as-tu tiré ?

    Je n’ai pour tout accueil que des frémissements

    Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements

    Et moi-même, éprouvant la terreur que j’inspire

    Je voudrais être encore dans les prisons d’Epire

    La Grèce à qui mon bras fut tant de fois utile

    A-t-elle au criminel accorder quelque asile ?

    Entrons. C’est trop c’est trop garder un doute qui m’accable

    Connaissons à la fois le crime et le coupable

  • Thésée - Acte IV Scène I

    Avec quelle rigueur, Destin, tu me poursuis

    Je ne sais où je vais je ne sais où je suis

    Oh tendresse ! Oh bonté trop mal récompensée

    Projet audacieux ! détestable pensée !

  • Thésée - Acte IV Scène II

    Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage

    D’infâmes assassins nettoya ton rivage

    Souviens-toi que pour prix de mes efforts heureux

    Tu promis d’exaucer le premier de mes vœux.

    Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux père.

    J’abandonne ce traître à toute ta colère

    Étouffe dans son sang ses désirs effronté

    Thésée à tes fureur connaîtra tes bontés.

  • Hippolyte - Acte IV Scène II

    Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés

    Et jamais on a vu la timide innocence

    Passer subitement à l’extrême licence.

    Un jour seul ne fait point d’un mortel vertueux

    Un perfide assassin, un lâche incestueux

    Élevé dans le sein d’une chaste héroïne

    Je n’ai point de son sang démenti l’origine.

    Je ne veux point me peindre avec trop d’avantages

    Mais si quelques vertus m’est tombé en partage

    Seigneur, je crois surtout avoir fait éclater

    La haine des forfaits qu’on ose m’imputer.

    C’est par là qu’Hippolyte est connu dans la Grèce

    J’ai poussé la vertu jusque à la rudesse

    On sait de mes chagrins la flexible rigueur

    Le jour n’est pas plus pur que le fond de mon cœur.

  • Thésée - Acte IV Scène III

    Ah ! que ton impudence excite mon courroux

    Va chercher des amis dont l’estime funeste

    Honore l’adultère, applaudissent à l’inceste

    Des traîtres, des ingrats sans honneur et sans loi

    Digne de protéger un méchant tel que toi

  • Thésée - Acte IV Scène III

    Un dieu vengeur te suit, tu ne peux l’éviter

    Je t’aimais ; et je sens que malgré ton offense

    Mes entrailles pour toi se troublent par avance

    Mais à te condamner tu m’as trop engagé

    Juste Dieux qui voyez la douleur qui m’accable

    Ai-je peux mettre au jour un enfant si coupable ?

    Espérons de Neptune une prompte justice

    Je vais moi-même encore, au pied de ses autels

    Le presser d’accomplir ses serment immortels

  • Phèdre - Acte IV Scène VI

    Hélas ! du crime affreux dont la honte me suit

    Jamais mon triste cœur n’a recueilli le fruit.

    Jusqu’au dernier soupir, de malheurs poursuivie

    Je rends dans les tourments une pénible vie

  • Oenone - Acte IV Scène VI

    Hé repoussez, Madame, une juste une injuste terreur.

    Regardez d’un autre œil une excusable erreur.

    Vous aimez. On ne peut vaincre sa destinée

    Par un charme fatale, vous fûtes entraînée

    Est-ce donc un prodige inouïe parmi nous ?

    L’amour n’a-t-il encore triomphé que de vous ?

    La faiblesse aux humains n’est que trop naturelle.

    Mortelle, subissez le sort d’une mortelle.

    Vous vous plaignez d’un joug imposé dès longtemps :

    Les Dieux même, les Dieux de l’Olympe habitants

    Qui d’un bruit si terrible épouvantent les crimes

    Ont brûlé quelquefois de feux illégitime

  • Aricie - Acte V, Scène III

    Et comment souffrez vous que d’horribles discours

    D’une si belle vie aux noircir le cours ?

    Avez-vous de son cœur si peu de connaissance ?

    Discernez-vous si mal le crime et l’innocence ?

    Faut-il qu’à vos yeux seuls un nuage odieux

    Dérobe sa vertu qui brillent à tous les yeux ?

    Ah ! c’est trop de le livrer à des langues perfides.

    Cessez. Repentez-vous de vos homicides

    Craignez, Seigneur, craignez que le ciel rigoureux

    Ne vous haïsse assez pour exaucer vos vœux

    Souvent dans la colère il reçoit nos victimes

    Ses présents sont souvent la peine de nos crimes.

    Prenez garde, Seigneur. Vos invincibles mains

    Ont de monstres sans nombres affranchi les humains

    Mais tout n’est pas détruit, et vous en laissez vivre

    Un… Votre fils, Seigneur, me défend de poursuivre

    Instruite du respect qu’il veut vous conserver

    Je l’affligerais trop si j’osais achever

    J’imite sa pudeur, et fuis votre présence

    Pour n’être pas forcée à rompre le silence.