01 janvier 2022

Joyeux anniversaire à ce journal !

Je ne sais pas exactement ce qui m’a poussé à écrire un journal quotidien, si ce n’est une recherche vague de sens. Je sais encore moins pourquoi je l’ai repris en août, au plus bas de mon couple et au beau milieu des vacances d’été, et pourquoi j’ai réussi à le tenir plus ou moins assidûment depuis, contrairement à ma première initiative. À bien y réfléchir, les raisons ne sont pas si occultes. Ne pas être en couple, ou avoir été dans un couple en débandade m’a livré à moi-même, plus que je ne l’avais jamais été depuis des mois, et m’a à la fois donné le temps, et de multiples raisons d’essayer de communiquer ce que je ressens, et de faire le point sur mon bonheur. Car si je parlais de sens il y a un an, c’est bien à la recherche du bonheur que je suis, plus que jamais, le sens étant un moyen plus qu’un but. En ce moment, je me demande si je suis en dépression, ou si je déprime, tout du moins. Les 27 et 28 décembre étaient très malheureux pour moi, je ne voyais de motivation à rien, je remettais en doute tous mes choix jusqu’ici, je ne me représentais l’avenir que sous des auspices sombres et incertains. N’est-ce pas ridicule, à vingt-et-un ans, lorsqu’on a indubitablement un futur très peu déterminé ? Pour la première fois depuis plusieurs semaines, hier, j’ai pu me rendre compte que ce mot de dépression est à nuancer. Je vis sans aucun doute actuellement un point bas dans ma confiance en moi. Je vais raconter la soirée d’hier soir, pour pouvoir expliquer cela un peu plus clairement.

Après être rentré de Néville et avoir fait un saut rue Wagner, je me suis préparé pour le before que je devais faire avec Marie et Gabrielle, Gabrielle ayant finalement été remplacée par Clarisse, car elle a été elle-même et a décidé de ne pas venir au dernier moment. Étienne avait annulé sa soirée à Fontainebleau, ayant le Covid, et je n’avais pas très envie de me retrouver avec Laeticia et consorts, sans présence féminine. Tandis que Marie avait proposé de m’incruster à sa soirée à Bourquier, où la population s’avérait plus sexuellement mixte… Bref, après une soirée sympathique à deux puis trois, j’ai compris vers une heure que les deux autres n’avaient aucune envie d’aller à la soirée mais plutôt de rester à deux, tout au contraire de moi. Je suis donc allé tout seul à cette soirée où je ne connaissais qu’une seule personne, que j’avais vue une fois dans ma vie il y a trois ans. On peut dire que c’est courageux de ma part, et que ceci contredit ce que je disais sur ma confiance en moi. Sans doute, oui, dans une certaine mesure. Il faut être honnête et avouer que je voulais aller à cette soirée pour voir des filles, sans réellement savoir qui. En arrivant, je me suis moins senti comme un imposteur que ce que j’aurais prévu, probablement parce que les gens étaient déjà assez arrachés pour ne pas trop prêter attention à moi, et aussi parce que les autres ne se connaissaient eux-mêmes pas tant que ça. J’ai beaucoup fumé pour passer le temps, aussi parce que je n’aime pas beaucoup danser, et on ne pouvait pas trop discuter. Élodie, l’amie de Marie, a été très sympathique de venir discuter avec moi, et j’ai moi-même parlé avec un paquet de gens, qui faisaient du droit ou de l’audiovisuel. Je passais aussi beaucoup de temps sur le canapé à ne parler à personne ou à me reposer, ou encore à parler à mes amis, à moitié par timidité et à moitié par ennui. Une fille, Charlotte, est venue me parler à plusieurs de ces moments, elle n’était pas distante avec moi, riait à ce que je pouvais dire. Charlotte est la colocataire de Élodie dans cet appartement à Bourquier, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la prophétie de Gauthier, qui disait que la prochaine pour moi s’appellerait exactement comme ça. Après, ça ne m’a hanté que dans la mesure où je pouvais réfléchir avec la quantité d’alcool dans mon sang et de bruit dans la pièce. En fait, plus j’y repense à tête reposée, plus j’aperçois de signaux d’intérêt clair de la part de cette fille, qui dans mes souvenirs est vraiment belle. Pareil quand je suis parti, elle avait l’air sincèrement déçue. Je n’ai fait qu’envoyer des messages à Étienne lui disant que j’avais le devoir de repartir avec son numéro, et au dernier moment, alors qu’elle est venue me voir, je n’ai rien fait. Je me suis vraiment senti comme un débile et comme un lâche. Mon sentiment, qui se précise, est donc à mi-chemin entre le regret et le manque de confiance en moi. Mais est-ce que ce ne sont pas des excuses pour que je n’aille pas plus loin à partir de maintenant ? La vérité est que j’ai peur de contacter cette fille alors que je pourrais obtenir son numéro très simplement. Je manque de confiance en moi. Je manque d’expérience. Mais au lieu de me morfondre, je devrais profiter de cette période d’incertitude magnifique pour vivre des histoires, quitte à faire des erreurs monumentales et à me prendre des râteaux déprimants. C’est toujours ce que j’écris ici, puis je me couche et ne fais rien. Le problème, c’est que cette Charlotte m’a laissé une vraie belle impression et que je sens plus que jamais que je dois me prouver que je ne suis pas un incapable. En fait, écrire tout cela et réaliser le bilan de la soirée me laisse plus optimiste qu’avant cette rédaction. Il y a simplement que mes faiblesses s’additionnent, entre mon incapacité à me mettre au travail, ma timidité intrinsèque, et comme je n’obtiens pas les fruits de mon travail immédiatement, je me sens mal. Pourtant, c’est l’inverse que je devrais penser : depuis que je suis libre de mon couple, je me suis fait un nouveau groupe de camarades très simplement, celui de l’Étendard, où je rencontre sans cesse de nouvelles personnes sans mal. Je me suis pris le râteau de la F ; j’ai vécu mes expériences dans [*]. J’ai repris des couleurs socialement après un an et demi de régression. Oui, je progresse enfin, alors que j’avais régressé depuis si longtemps, et si je me sens triste tout le temps, ce n’est pas parce que ma situation est si mauvaise mais bien parce que ça y est, je suis sorti de ma zone de confort et je prends des coups de partout ! Me rendre compte de ceci en l’écrivant est assez jubilatoire, et je suis fier de moi. Si je ne compte pas prendre de résolutions ridicules, il faut néanmoins que je me concentre sur l’essentiel : progresser dans ma vie, faire des rencontres, m’améliorer là où je suis déjà bon, devenir bon là où j’ai encore du mal ; travailler dur pour en finir avec ces études qui me plombent le plus vite possible. Ne pas passer des heures par jour sur les réseaux, à perdre espoir et à me morfondre à propos de l’élection à venir. Oui, cette échéance est capitale, et 2022 pourrait bien être une année catastrophique pour l’espoir d’un monde un peu plus proche de ce que je désire. Mais le stoïcien en moi doit faire ce qu’il peut à son échelle, et se pas se laisser trop affecter par tout cela. J’ai une seule vie, la mienne, et c’est à moi de la rendre bonne. L’objectif, ce n’est ni Charlotte ni Mathilde, c’est moi.

Retour à des choses plus triviales : j’ai pu beaucoup lire à Néville, et je sens que cette année sera plus lectrice que jamais. Je lis actuellement Sérotonine de Houellebecq, pour être prêt dès la sortie du prochain dans quelques jours. J’ai également lu Wuthering Heights en deux jours, une lecture très facile, mais dont je ne saurais pas dire si elle m’a marqué, et si elle m’a plu. Il y a aussi quelque chose dont je me rends compte, c’est que parler de mes livres dans mon journal, si cela est très plaisant, un support autre pourrait être plus adapté. Phrases supprimées Voilà de la matière à réflexion, pour plus tard sans doute. À une année riche et belle.

P.S. J’ai toujours du mal à me lancer dans l’écriture du journal, mais quand je me lance, je peine à m’arrêter. Au fil des lignes, je sens que l’écriture creuse en moi pour révéler ce que je pense et ressens, et cette dissection devient indispensable.

04 janvier 2022

Pour ce que cela peut avoir de négatif, je n’avais pas ressenti autant d’émotions depuis des mois. La musique, la lecture, les rencontres, l’amour, toutes ces choses me rendent sentimental, là où j’ai eu l’impression de stagner et de ne rien ressentir pendant si longtemps. Et je suis bien heureux, d’une certaine manière, de cette mélancolie, de cette alternance frénétique entre espoir et absence de perspectives.

La lecture de Sérotonine, les deux premiers jours de janvier, m’a plongé dans un état mental rare après un livre. Moi qui avais failli ne pas le lire, j’ai pu être témoin d’un roman bouleversant, déprimant. C’est peut-être dû à ma situation actuelle, avec tout ce qu’elle contient. La soif d’amour, la sensation que la vie nous file entre les doigts, mais surtout un regard absolument tragique sur les relations, le vieillissement. En me couchant ce soir là, j’étais partagé entre le regret de m’être mis dans cette torpeur, et l’admiration envers cet auteur, qui plus que jamais a réussi à comprendre la psychologie contemporaine avec une acuité touchante. Et je me suis également constamment marré, bien sûr. Soumission et Sérotonine m’ont tous les deux laissé dans une réflexion noire, à divers degrés. J’ai dit que je parlerais de littérature à d’autres endroits, mais ici c’est bien mon regard qui a été modifié par le livre. Ce soir-là justement, dans mon lit, je me suis mis à rêvasser d’un amour inconditionnel, où la protagoniste était Charlotte mais où je sentais comme souvent que le sentiment ne dépendait pas de l’objet. Ce dernier, par la contingence de son existence et de ma rencontre avec lui, crée néanmoins les conditions d’un rêve, dont je peux me prendre à imaginer qu’il se déroulerait comme je le souhaite dans la vie réelle. Et ce qui m’a donc marqué, c’est qu’un roman de Houellebecq puisse me donner cette envie et rallumer ce romantisme qui m’avait quitté il y a deux ans au moins, ce romantisme qui m’empêchait de dormir tandis que je me représentais une histoire passionnée avec quelque cible féminine du moment. En fait, le protagoniste de Sérotonine n’a plus d’espoir, mais on sent que l’amour aurait pu le sauver. Et c’est ce qui me donne envie de rencontrer cette personne, avant qu’il soit trop tard. Ce soir-là toujours, j’ai décidé de passer par Élodie pour obtenir le numéro de Charlotte, et de vraiment le faire. C’est ce que j’ai essayé de faire en début de soirée aujourd’hui : j’ai tout simplement fait cette demande, mais Élodie m’a demandé ce pourquoi c’était, dans un message un peu refroidissant. Un peu surpris, j’étais surtout embarrassé. Pourquoi je veux son numéro, la réponse est tellement évidente que cette question me les brise, que répondre à ça. J’ai donc tenté une blague (« pour le jouer au Loto »), qui ne me satisfait pas moi-même, mais je ne vois pas ce que j’aurais pu faire de mieux… Ce serait bête de s’arrêter à cette étape, mais c’est le jeu et je suis déjà content d’avoir eu le courage de cette demande. Réponse à suivre… Ou en tout cas il faut l’espérer. Je rajoute un truc dont je me rends compte : je n’ai vraiment pas confiance. Je juge mes messages en mal, etc. Ce n’est pas possible, il faut que je montre que j’ai confiance, ou que j’arrive à bien faire semblant. Autre réflexion sur l’amour qui me vient, après la lecture d’un tweet plus tôt dans la journée. Ne peut-on être heureux en couple que si on l’est déjà soi-même ? Ce tweet disait que cette affirmation était stupide. Je pense que la question est complexe, mais j’y réfléchissais beaucoup moi-même. Je vais vite parce qu’il est une heure trente.

Pour le reste, j’ai repris les cours, je n’ai aucune motivation à travailler – aucune, vraiment zéro, je ne sais pas quoi faire. Je suis peut-être un gigantesque glandeur. Mais peut-être aussi que ce monde déprimant ne m’offre aucune perspective. Ma culpabilité doit être grandement atténuée, mais pas non plus entièrement, je dois trouver la solution. Phrase supprimée

05 janvier 2022

Rapidement, journée où je me suis encore levé tard, où je n’ai pas vraiment travaillé. Je suis allé à mon cours de l’après-midi, mais c’était tellement pénible à suivre que j’ai passé presque les trois heures sur mon téléphone, à échanger avec Étienne où à traîner sur Twitter. Les cours comme celui sur les automates sont très agréables, puisque les professeurs prennent le temps d’écrire au tableau, leur cours est didactique et prend le temps d’établir des résultats : définitions, propositions, exemples, etc. Ici au contraire, et le professeur n’était même pas mauvais, il s’exprimait clairement et avec enthousiasme, le cours consistait en des diapositives très fournies, en un catalogue d’idées impossible à saisir intégralement (en tout cas pour mon cerveau) et en une seule fois. Ce qui m’a conduit à décrocher assez rapidement. Je n’ai pas vraiment fait d’effort, et les autres semblaient essayer plus, cependant ils n’avaient pas l’air beaucoup plus mobilisés que moi, et ont immédiatement demandé à pouvoir retrouver les diapositives sur le site du professeur. Si je m’oriente vers le milieu de l’enseignement, c’est quelque chose que je prendrai en compte, assurément. À côté de ça, je joue assez fréquemment du piano, en me concentrant sur les Valses Nobles un peu plus sérieusement. On pourrait même dire que je les travaille (les deux premières, pour l’instant). Je mets le métronome… La seule fois, je crois, où j’ai travaillé un morceau par moi-même jusqu’à le monter convenablement, sans voir ma prof pendant longtemps, devait être pendant l’été 2018 après Saulet, lorsque j’ai étudié un prélude de Bach intégralement. L’expérience était très satisfaisante, surtout au vu de mon absence de motivation à m’exercer au piano pendant des années, auparavant. Je pense que le véritable déclic a eu lieu en terminale, notamment quand je me suis mis à travailler le menuet de la Sonatine qui a voyagé avec moi jusqu’à maintenant. La raison est sans doute que j’avais été obligé de travailler d’arrache-pied pour mon examen de second cycle en mars, et plus globalement cette année de terminale a été la plus studieuse pour moi, de tout le lycée – de toujours jusque là en réalité. Et ne parlons pas de la prépa, où je passais des heures au piano par bonheur de progresser et d’apprendre des pièces que j’aimais. Il faut croire qu’on n’arrive à rien sans une dose d’attachement et de désir personnel ; le travail est sans aucun doute nécessaire, mais on peut rarement le forcer et sur une longue période. C’est mon objectif, en somme : la phrase est cliché, mais lorsque l’on trouve une activité qui a du sens et qui nous plaît, le travail est comme rendu facile – il existe toujours, parce que rien ne va de soi. Journée positive, en somme, d’autant que j’avais effectivement été trop pessimiste à propos de Élodie, que ma réponse a fait rire et qui m’a fourni le numéro de Charlotte. Mais le plus gros reste à faire. Patience ! En revanche, à moyen terme je ne fais rien, là où je devrais rattraper certains cours pour ne pas être sous l’eau plus tard dans le mois, et surtout travailler pour mon stage, pour ne pas me retrouver comme un idiot la prochaine fois que je devrai voir Ben Strömberg. J’ai également le projet de partir une demi-journée, afin de faire une des traversées de Paris, d’environ quinze kilomètres. Ça aurait pu être demain, mais ce sera peut-être plus sûrement dimanche. J’ai commencé les Jeunes filles en fleur.

17 janvier 2022

J’allais commencer à écrire, puis par envie de réécouter la chanson Taphead de Talk Talk, j’ai lancé Youtube, où j’ai fini par cliquer sur une vidéo de B*. B* avait déjà partagé ses phases de dépression dans des vidéos assez tristes. Ici, il parlait du mieux qu’il avait réussi à apporter à sa vie en quelques jours, en se mettant une limite d’heures de jeu. Je pense encore trop jouer aux jeux vidéos, et avoir toujours été sujet à des addictions aux jeux vidéo. Pour ma part, ce serait sans doute mon téléphone sur lequel je passe trop de temps, entre Twitter, Youtube… Et si, comme je vais en parler, j’ai l’impression d’aller beaucoup mieux depuis la nouvelle année, je travaille encore trop peu, j’accumule un retard que je pourrais ne jamais rattraper. Et quand la réalité me rattrapera, elle, ça pourrait faire mal. Mais il y a eu des améliorations, donc. [*] Je me suis remis un peu à Heroes, malheureusement, et je devrais complètement désinstaller ce jeu, qui m’a déjà tant consommé d’heures, ainsi que LoL. Comme je l’ai dit, je travaille au piano, un peu chaque jour : je monte lentement la première valse, et je sais qu’un jour je pourrai la jouer, et j’en suis très content. Je ne vois même pas ça comme du travail, mais comme un loisir, du temps que je prends à avancer quelque chose sans m’en sentir pour le moins coupable. C’est comme ça que j’aimerais pouvoir tout considérer dans ma vie. Cet idéal est impossible, et il y aura toujours des moments où je voudrai tout faire sauf cette tâche en plein milieu de mon bureau, mais il faut s’en rapprocher. Je ne suis que quelque part sur le chemin : en deux semaines, je suis à peine allé en cours, et pas forcément pour faire beaucoup plus de mes journées. Proust avance un peu chaque jour, à un rythme nécessairement différent de celui requis par un Houellebecq, ou même les Hauts de Hurlevent. Pour ce qui est du travail et de la motivation, des progrès ont été faits, il me reste à en faire, dès demain, en continuant le lendemain, etc.

Pour ce qui est de ma personne, je me sens beaucoup mieux. Il faut croire que ma déprime ne venait pas que du travail et de l’absence de certitudes en l’avenir, puisque je n’en ai pas plus aujourd’hui et que je vais mieux. Ou alors, les perspectives heureuses du présent me font-elles oublier cette réalité encore présente. Je lis de façon régulière. Je fais des soirées avec le groupe de l’Étendard, avec qui je me sens très bien, apprécié, fier de moi, en confiance, et entouré de gens dont je pense beaucoup de bien également. En quelque temps, j’ai pu me créer une zone de confiance relative là où je n’en avais pas, ce qui compense les gens que je peux laisser derrière au fur et à mesure des années. Le but n’est pas de me reposer là-dessus, mais de me servir de cette capacité quand il le faut. Le mot clé est le courage. Avoir été capable, par exemple, de sympathiser avec des inconnus au bar, voilà qui me fait plaisir. Ce soir-là, je me souviens avoir été très énervé en début de soirée, parce que je m’étais disputé avec Angélique sur le passe sanitaire. J’ai découvert (ou plutôt commencé à regarder) la chaîne *, qui n’invente pas l’eau chaude en matière de séduction mais donne les bons conseils, basés sur le bon sens, pour avoir la bonne attitude face à la séduction, face à l’amour et aux relations. C’est ce qui m’a donné le courage, ou surtout la capacité à aborder ça de manière légère, d’envoyer enfin un message à Charlotte, qui a l’air contente de me parler dans les deux SMS que j’ai reçus jusque-là. Elle ne m’a pas demandé comment j’avais eu son numéro, ce qui veut dire qu’elle le sait déjà. Ça veut aussi dire que je dois faire très attention à ce que je dirai à Marie, en particulier. En l’état des choses, j’ai proposé un verre à Charlotte et j’attends une réponse. Je me suis forcé à le faire tôt dans la conversation, parce que je dois être courageux et obtenir ce que je veux sans tourner autour du pot par peur d’on ne sait quoi. Je m’estime, je dois en profiter, je ne dois pas tout mettre sur cette fille que j’ai vue une fois. Si ça ne marche pas, tant pis mais tant mieux, je m’en servirai pour la prochaine fois. Le bilan global : je vais bien en esprit, il faut que j’aille bien en action.

22 janvier 2022

Nous sommes samedi soir, il est presque deux heures, et je pense que je peux faire un court bilan de ma semaine. Je voulais traîner moins sur mon téléphone, et dans une certaine mesure j’y parviens. Je me suis aussi un peu mis au travail, et mes journées sont bien occupées, entre le piano, la lecture de Proust qui avance de plus en plus vite, et mes sorties. Je me sens plus extraverti que jamais depuis deux ans au moins. J’allais écrire heureux, mais je ne voudrais pas aller trop vite en besogne, et confondre un état temporaire avec une situation positive pérenne. Je suis sorti deux soirs de suite, jeudi et vendredi, et ce furent deux très bonnes soirées. La première, avec l’Étendard, était assez classique. La seconde était avec Marie et ses amis, au P*. Je ne savais même pas qu’on sortirait à plusieurs, mais c’était une très bonne surprise. Les amis de Marie (ceux-ci) sont très gentils, assez drôles et intéressants. J’aime bien *, particulièrement. J’ai aussi vu Ophélia pour la première fois, il s’agit de la dernière aventure de Gabrielle Mainville en date, qui vient de s’achever sur un message de cette dernière. La soirée était très agréable, je me sentais très bien, très extraverti (pour ma moyenne). Après minuit, Marie et moi sommes rentrés au Bâti. C’est là qu’on a commencé à s’échanger des choses très intimes, des réflexions, des sentiments, des bilans sur nos vies. J’ai vraiment pu mesurer à quel point cette amitié, bien qu’imparfaite, était positive pour moi. On a pu s’avouer qu’on avait tous les deux la mesure de la petite tension sexuelle qui peut exister entre nous, en dépit de l’orientation de Marie. On a passé des heures dehors, puis dans ma chambre, à parler de tout, de nos relations, de la nôtre en particulier, mais aussi de Clarisse, de Gabrielle… Un moment que je n’oublierai pas. Je peux dire que j’ai deux vrais amis. Je me rends aussi compte que les moments où j’étais complètement barbé par le fait de voir Marie ne venait pas que d’elle, mais aussi de mon état à moi : depuis que je ne suis plus avec Zoé, je suis beaucoup plus enjoué quand je la vois, j’ai plus de conversation, et je suis globalement moins fermé sur moi-même. Ce sont des choses que je n’avais jamais pu mesurer à cette période, et dont je prends complètement conscience aujourd’hui. D’ailleurs, j’ai eu beaucoup de réflexions récentes à ce propos, à savoir à quel point ma rupture avait été bénéfique pour moi. En même temps je ne veux pas tout mettre sur son dos ou tout rejeter sur cette relation, mais il y a quelque chose d’indéniable dans tout ça.

Je viens de faire une pause pour vérifier, mais en effet, je ne l’avais pas écrit : j’ai dit à Zoé que je ne voulais plus la voir, il y a dix jours. Et voilà que ce soir vers sept heures, elle m’a appelé. J’ai ignoré l’appel. Je ne sais pas si je fais ça par lâcheté, mais en réalité non, j’ai une sensation forte que Zoé n’arrive pas à passer à autre chose, que d’une manière ou d’une autre elle pense encore à moi et a besoin de moi. Je précise que je n’en tire aucune gloire. Par contre je refuse catégoriquement de rentrer dans ce jeu, de lui répondre. Nous ne sommes plus ensemble, je ne suis responsable en rien de ce qui peut lui arriver et d’autres personnes seront là pour elle. Donc pour me répondre à moi-même, non, je ne fais pas ça par lâcheté mais pour mon bien et pour le sien. Je veux juste ne plus avoir à penser à elle. J’ai perdu trop de temps dans cette relation et chaque jour qui passe renforce cette conviction en moi. C’est grandement ma faute. Mais maintenant que tout ça est fini, ça l’est réellement. Je rêve plus que jamais, mon imagination déborde enfin à nouveau, je peux me projeter, même avec irrationalité. Je me suis aussi fait la réflexion que mon caractère rationnel, que je manifestais avec Zoé, même s’il existe et que c’est quelque chose qui m’est propre, n’était pas complètement abstrait. Cette incapacité à être autre chose que rationnel, c’est une manifestation de l’absence d’amour. Je m’en veux de plus en plus au fur et à mesure que les jours passent, parce que je n’ai pas eu le courage et la force d’affronter en face une rupture anticipée, alors que le plus profond de mon être et mes amis savaient et voyaient que je voulais m’enfuir. Parce que le problème est que mes souvenirs de 2021 sont entachés à jamais de toutes ces choses nocives : la dispute du premier janvier, A, le mois d’août, P, le mois de septembre. Au moins, ça m’a permis d’apprendre beaucoup de moi-même, et des erreurs à ne pas commettre. Mais j’en commettrai à nouveau. J’en commets tous les jours. Je sens bien que je ne fournis pas le meilleur de moi-même au quotidien, même si je m’en rapproche. C’est pour cela que je ne voulais pas affirmer haut et fort que je suis heureux. Trop de choses peuvent encore être améliorées. Le travail. Les horaires. Savoir ce que je veux faire de ma vie. L’extraversion me remplit d’estime et de confiance en moi, mais n’efface pas les questions fondamentales de mon avenir proche. Tout ça me permet de parler du sujet le plus positif. Après trois jours de silence, Charlotte m’a répondu qu’elle me verrait avec plaisir, qu’elle était désolée de ne pas m’avoir répondu plus tôt, qu’elle était en partiels. Ce message était adorable, d’ailleurs. C’est intéressant d’analyser mon état d’esprit pendant l’attente de cette réponse. Pendant deux jours, je ne me faisais pas de souci, parce que tous les éléments dont je disposais étaient positifs. Mais j’ai quand même réussi à douter, le troisième jour. Pas à m’inquiéter, cependant. C’est presque comme si je souhaitais qu’elle ne donnât pas suite (grâce à Proust, j’exerce mon subjonctif) pour que j’apprenne à envisager toutes les conséquences possibles, pour aborder la séduction de manière légère. Mais force est de constater que tout va très bien pour le moment, et que même en voulant garder la tête froide, je pense à cette interaction avec un sourire en coin, parce que je n’ai plus du tout l’habitude, parce que ma confiance repart. Le seul signal qui me fait peur, au-delà de moi-même et de ce que je peux offrir à une femme, c’est le passe sanitaire. Le huit février, je ne peux plus aller au restaurant ou au bar. Et au plus profond de mon être et de ma morale, je sais que je refuse catégoriquement de faire cette dose de rappel. Il me reste à attraper le virus – mais je n’en ai pas non plus une envie furieuse. Ou bien à assumer, parce qu’on ne m’en laisse pas le choix (je peux tout de même emprunter le passe d’un ami assez facilement). C’est quitte ou double. Peut-être que ce choix me décrédibilisera aux yeux des autres, de Charlotte en particulier. Mais je me complais dans la pensée que ce courage peut me grandir. Dans tous les cas, je ne dois pas laisser le regard des autres influer sur mon choix. C’est à la fois une affaire de conviction et une preuve de courage envers moi-même. J’en ai tellement manqué par le passé.

04 février 2022

Et voilà comment, comme d’habitude, je me retrouve à laisser mon journal en plan pendant deux semaines alors que j’ai tant à raconter. Il est deux heures du matin, demain je pars pour quelques heures à * avec Étienne et Nicolas.

Il me semble que c’est la première fois que je relis mon journal de cette année. Ce n’était pas très long, je m’en veux, d’autant que j’en apprends tellement sur moi-même… Ma mémoire est courte, et même ça je finis toujours par l’oublier. En parcourant mes archives de stories sur Instagram, j’ai pu me rendre compte de qui j’étais il y a deux ans et plus, à savoir, tellement identique et à la fois tellement différent de maintenant. Et relire mon journal me fait prendre conscience de mon moi, plus que tout. L’identité n’est pas une sensation évidente, on ne vit qu’au présent et seule la mémoire permet d’unifier ces représentations ; sauf si l’on utilise des moyens intermédiaires pour aider la mémoire à combler ses failles. Mais trêve de méta-considérations. Que s’est-il passé depuis le 22 janvier ? Je m’aide de Google et de sa fonction de traçage ultra-terrifiante mais ultra-utile pour ne rien oublier. Bon, un barbecue coréen, des allers-retours à Ingésup où j’ai pu conclure mon semestre de langues, avec un excellent ressenti du cours d’espagnol, qui m’a fait progresser, et une prof admirable. Ah, à l’instant je me rends compte que mon dîner avec Papa et Stéphane était antérieur au 22, mais que je n’en ai pas parlé. C’était un dimanche soir, et je me souviens m’être dit que Stéphane est le personnage houellebecquien par excellence, ce qui n’est pas vraiment flatteur pour lui. Pas pour lui en tant que personne, car il n’est pas antipathique, mais pour sa vie. La soirée à F, le lendemain avec Marie, un dîner rue Lully, et Charlotte. Mais ça c’était hier, donc je m’en souvenais.

Il faut quand même que je parle de la soirée à F avec le groupe. Je cherche à le nommer autrement que par le nom réducteur de « groupe de l’Étendard », mais il n’y a pas mieux en l’état. Je suis arrivé avec Étienne et Nicolas après un partiel d’automates assez bien réussi, nous avons parlé d’un peu tout, des exs, de politique… Nicolas est vraiment un mec sympa, un alpha pas bête, je ne dirais pas un modèle mais un bon exemple. Puis les autres sont arrivés, nous avons bien ri avec * pour sa dernière avec nous avant son grand départ pour les bataillons alpins. Il me manquera particulièrement dans ce groupe d’amis, c’était un de ceux avec lequel je m’entendais le mieux. Laeticia était la seule fille de la soirée, et, de fil en aiguille, je me suis retrouvé dans un lit avec elle, on s’est embrassés, je l’ai touchée, ça n’est pas allé plus loin et personne n’en a plus parlé (sauf avec Étienne et Germain). Je ne regrette absolument pas ce fait divers sans lendemain, qui est même plutôt bon pour ma confiance en moi. J’ai quand même eu quelques examens de conscience quant au fait que j’aime bien cracher dans son dos lorsqu’elle dit des bêtises, et que je n’ai pas pour autant réfléchi quand elle était à côté de moi sous une couette. Mais bon, ça n’a pas duré. C’était il y a une semaine et je n’y pense déjà plus, pour être très honnête. J’étais censé voir Charlotte deux jours plus tard, mais c’était finalement jeudi soir, hier. Mon premier date, où rendez-vous pour préserver la langue, depuis… l’été 2019. J’y allais avec une légère pointe d’anxiété, mais en même temps une grande envie de découvrir Charlotte, que j’avais uniquement vue au nouvel an et dont j’avais un peu oublié le visage. Et j’ai envie de dire, heureusement. Si j’avais su qu’elle était si belle, je m’y serais rendu moins combatif. Nous nous sommes posés à un bar du Marais, où nous avons discuté et ri pendant quatre heures qui sont passées vite (pour moi). Je n’ai aucun regret quant à ce que j’ai dit, ce qu’il s’est passé. Je trouve même que j’étais à un niveau de confiance assez haut, on a pu parler de tout, rire beaucoup, et surtout, je pouvais profiter de son visage, de son style aussi, elle s’était fait belle. C’était presque prévisible ; j’espérais secrètement être nul, pour baisser mes attentes et la pression, mais je ne l’ai pas été. Même les blancs de conversation n’étaient pas gênants. Je ne suis PAS en train d’écrire que je suis amoureux. Ce serait ridicule. Par contre mon cerveau tourne à mille à l’heure depuis hier soir. Mes hormones tourbillonnent. Et je veux la revoir. J’ai écrit ce soir parce que je ressens plus que jamais, et là, je peine à trouver mes mots ; c’est simplement que ce sentiment ne s’écrit pas, je suis juste débordant d’énergie et d’imagination. Et je n’arrive même pas à dire si c’est parce que la fille que j’ai vue hier est si bien que ça, ou si tout ça vient de moi. Et c’est forcément un mélange. Une part de moi est excitée par les possibilités que j’entrevois de moi-même, par l’admiration d’un moi qui arriverait à tirer son épingle du jeu en étant tout simplement soi-même. En clair, ma confiance en moi est haute, requinquée par ces raisons objectives de croire en moi. Je m’observe plus. Est-ce du narcissisme ou le fantôme d’un potentiel être aimé et aimant qui me jugerait en continu ? J’accepte cette présence invisible, si elle peut me pousser à tirer le meilleur de moi-même au quotidien. Travailler plus, écrire, jouer du piano, lire, écouter de la musique, devenir plus moi que je me suis jamais permis de l’être. Me plaire à moi-même pour plaire aux autres, je suppose que ça fonctionne comme ça – pas toujours. Mes seules interrogations en rentrant hier soir étaient : est-ce que je lui ai donné envie de me revoir ? Est-ce que j’ai réussi à me rapprocher physiquement d’elle ? J’ai réussi à m’inquiéter brièvement, puis je me suis rendu compte. J’ai envie de la revoir. Je ne pense qu’à ça. Et ce n’est pas juste son visage, c’est que ça s’est réellement bien passé et que je dois l’accepter. Et puis, je ne peux vivre que mon propre ressenti, je dois tenter et tant pis à la fin. Je ne veux juste pas penser qu’à ça pour ne pas devenir un nigaud déçu et triste. Mais rien qu’écrire, comme toujours, me rappelle à la raison.
J’ai écouté de la musique toute la journée. Le nouvel album de Black Country, New Road m’enchante et me fait me sentir vivant.

07 février 2022

Il est une heure du matin ; mon état depuis jeudi soir est tellement particulier que je ressens le besoin de prendre le temps d’écrire, d’essayer de mettre des mots sur ce fouillis d’émotions, alors que je pourrais bien en être incapable. Comme si la rationalité avait quitté mon esprit. Comme si le destin avait pris le contrôle de mon corps, dictait toutes mes actions. Je me sens le pantin d’une volonté plus puissante que moi, mais à la fois habité par une volonté d’origine existentielle, dirigée par le désespoir et la crainte d’être à un moment primordial pour la suite de ma vie ; tout ceci tandis que ma raison me hurle de redescendre de cette ivresse, parce que mon moi tout entier perçoit la douleur qui suivrait le choc. En bref, je suis amoureux, de quoi je ne le sais pas, peut-être de rien, peut-être un sentiment amoureux non dirigé, mais je sais que c’est mal, et que, en même temps que je profite de ce vol plané, j’ai le vertige. Il y a une semaine j’étais sur Terre, expliquant à Gauthier pourquoi il faudrait aborder ce rendez-vous, et les histoires avec les femmes, avec détachement et lucidité. Ce pendant que maintenant, je prends la plume par un besoin urgent de création, alors que tout ceci ne saurait résoudre l’équation, très simple, de ma passion : cette équation n’a qu’une seule solution, ce serait la concrétisation de cet amour réciproque, mais celui-ci en écrirait immédiatement une nouvelle, la volonté de sa perpétuation indéfinie, source de souffrance inévitable et de désappointement certain. Le pire est la conscience que peu dans ce sentiment a à voir avec la personne que j’ai rencontrée, malgré ce que je pourrais me mettre à croire. L’ivresse me fait placer l’espoir de ce bonheur futur en une personne, qui pour autant rationnellement n’est bien sûr pas la condition de la réussite de ma vie. Je trouve Charlotte magnifique, drôle, mais est-ce ce qui la rend spéciale ? N’importe qui d’autre n’aurait pas t-il pu remplir ce rôle, pour lequel j’avais déjà lancé les recrutements ? N’avais-je pas ressenti, il y a quelques semaines, ce besoin irascible de tomber amoureux, comme le signal nerveux que ça y est, je suis prêt, que je suis tellement heureux de qui je suis et de ce dont je suis capable, de ce que je peux montrer aux autres, que je dois maintenant trouver quelqu’un en qui m’abandonner, quelqu’un qui saurait m’accepter tel que je suis et sans reproche ou concession, et ainsi figer mon être dans le temps, ne plus jamais avoir à changer, devenir immortel ou au moins oublier ce qui m’attend au bout du chemin. Mourir avant l’autre, afin d’ignorer la réalité de la solitude de mon être dans ce monde. Je ne me sentais pas comme ça après l’avoir rencontrée pour la première fois. Et je ne me suis pas dit, pendant notre rendez-vous, que je pensais que cette fille était la personne la plus parfaite qui ait pu exister, non. Les heures défilaient simplement tandis que nous riions, que je racontais tellement de choses, que j’écoutais tellement de choses sans même m’en rendre compte, simplement parce que Charlotte, en face, acceptait, répondait, riait, je n’en avais rien à foutre d’être jugé, le moment pouvait durer éternellement et je serais resté là, béat, peut-être sans plus rien dire à la fin, mais juste à profiter de ce moment incongru de mon existence, un moment d’abandon presque inconscient, de quasi pure transparence de mon être, et voilà ce qu’est l’amour. Et en rentrant le soir, me disais-je que Charlotte était parfaite, non, je ne pensais même pas au fait qu’elle puisse m’être si supérieure que je me prendrais un mur, même pas, je ne pensais pas rationnellement aux possibilités du futur, mais uniquement à ce besoin de la revoir, encore et encore, sans considération sur la vie, le mariage, les enfants et toutes ces conneries, non, simplement la revoir pour figer le temps et mon être, accéder à l’immortalité. Quel doux mensonge que le sentiment amoureux. Comme si cette immortalité était possible, comme si le temps pouvait être infini ! Non, bien sûr ! On demande juste des éléments un tant soit peu tangibles pour nourrir cette foi illusoire !

Mais je ne sais pas si je pourrais choisir de quitter ce sentiment. Car oui, je l’ai demandé, j’ai créé la possibilité qu’il prenne vie en moi, comme je l’avais fait pour Faustine avant que Gabrielle ne remplisse cette fonction qui n’était pas pensée pour elle, sans que cela change quoi que ce soit. Car tout vient de moi, ou presque. Ce sentiment prend sa source en moi, mais l’extérieur a son influence. Charlotte peut, ou ne peut pas vouloir de moi. Et il faut, il est absolument nécessaire que j’accepte la probabilité non nulle, bien que non connue, que tout s’arrête ici, ou dans une semaine ou dans deux, sans qu’il ne se passe rien, que je fusse transparent et limpide dans ma manière d’être avec elle, parfait même dans ma beauté, mon vêtement, mon humour, mon goût, mon choix du lieu de rendez-vous, et que pourtant rien ne se passe, parce que Charlotte est sa propre volonté, que son sentiment le plus profond et son envie préalable, ou non, d’amour, ne dépendent que d’elle. Je ne crois pas que tout soit écrit, cependant. Mais je ne peux que faire de mon mieux, et mon mieux peut n’être pas assez, et refuser de le voir pourrait m’être très douloureux. Non pas qu’écrire ceci calme entièrement mon ardeur et puisse annihiler cet échec, mais cela m’aide quand même.

De quoi me souviens-je le plus ? De ce moment ou je la fis rire d’un rire incontrôlé par mon humour, n’est-ce pas ? Son sourire renversant me touchait-il par sa pure beauté, ou parce que je l’avais appelé de quelque bon mot ? Quelle passion égoïste et coupable… Mais pour laquelle nous avons tout de même besoin d’altérité. Narcisse n’a pas pu accéder aux mêmes sensations, on ne peut pas s’aimer soi-même dans ce sens, parce qu’on ne peut pas créer l’illusion d’éternel avec soi-même, elle mourrait en effet avec nous. Et j’écris même ces lignes dans l’espoir qu’elles puissent un jour être lues et admirées d’elle, c’est vrai… C’est pathétique mais vrai, le sentiment esthétique ne demande qu’à être partagé. Nul désintéressement dans tout ça. Là au moins, je reste cohérent avec ma réponse à Gauthier. Et écrire toutes ces lignes m’a déjà dessoûlé, je le sens et j’en suis content.

Si je dois être plus terre à terre : je veux revoir Charlotte, parce qu’il y a rationnellement des chances que ça marche, et tout simplement parce que j’en ai envie, pour voir jusqu’où je peux aller, et peut-être à la fin réussir. Elle m’a envoyé un message ce matin me disant qu’elle écoutait la musique dont je lui avais parlé. C’est bien qu’elle pense à moi, d’une manière, et rien ne la force à être gentille gratuitement. Rationnel, pas de panique. Je lui propose de se revoir demain. J’ai peur à cause de cette part de doute en moi, mais en même temps heureusement que ce doute existe, sans quoi je m’ennuierais, ce serait Zoé à nouveau, et rien ne serait un défi. C’est un jeu, une roulette, mais on a quelque peu son mot à dire. Et Charlotte peut aussi douter de son côté, je n’ai aucune raison de penser qu’elle m’est supérieure et qu’elle contrôle ce jeu. Le penser, c’est créer cette réalité, erreur qui serait funeste. Qui sait ce qu’elle a vécu, comment elle me perçoit ? Oui, ce paragraphe est déjà plus optimiste que ceux qui ont précédé. Dans le même temps, je dois (essayer de) ne pas trop penser à tout ça, sinon en projetant en la figure de Charlotte une entité me surveillant au quotidien, une conscience pseudo extérieure en moi, me poussant à l’excellence. Je ne vois que du positif là-dedans. Travaille encore la première Valse Noble et Sentimentale, pour qu’elle t’admire. Révise plusieurs heures demain, pour mériter qu’elle pense que tu es capable de sérieux et de réussite.

La journée de samedi était très positive, un aller-retour à * dans la journée et du bon travail pour *, un spectacle de mentaliste très bluffant, un repas avec Maman et Antoinette, dans lequel je me suis complètement lâché, ce qui m’a rendu assez heureux et fier. Une soirée tardive chez Nicolas. Un dimanche calme, un lundi studieux et sportif avec la coloc, un exemple parfait de journée je dois dire. J’ai aussi commencé « anéantir » hier soir. Je fume beaucoup. La vie continue, je suis heureux, rien ne peut m’arriver. Merci à ce journal qui fait tellement pour moi. Je vais pouvoir dormir en paix.

10 février 2022

J’ai peur. Je n’arrive pas à me mettre au travail. Beaucoup de choses me viennent en tête mais j’échoue à y mettre un ordre de prime abord. Commençons par quelque part et laissons la magie du journal faire le reste. Je suis comme allergique au travail. Il me semble que cela a toujours été le cas, mais la prépa a réussi à me faire travailler, surtout en première année. La première année de prépa était peut-être la seule où je me sentais travailler pour un sens, quelque chose de concret, demandant des efforts acharnés mais les récompensant par un bonheur immense. C’est sûrement pour cela que je regarde cette période en arrière comme une des meilleures de ma courte vie. Le mois de juillet 2018 avait une saveur si particulière, le mois de juin, déjà : pour la première fois de ma vie, je débordais de confiance, comme habité par cette fierté de la réussite, après être parti de si bas. Si je me sens revivre ces dernières semaines, d’une certaine manière, pour autant j’ai peur de mes faiblesses, je les connais et je n’arrive pas encore à les surmonter. Dans le même temps, je me désintéresse de beaucoup de choses que je considère futiles et ennuyeuses, sans savoir si cela est réellement bien pour moi. Oui, je traverse une sorte d’ennui, qui n’est pas mauvais en soi mais qui ne me permet pas de trouver le temps de réaliser les choses qui sont nécessaires à mon bonheur futur. En conséquence, je me sens coupable de ne pas donner le meilleur de ce que je peux. De manière générale, je suis désorganisé au possible, j’ai l’impression d’avoir tout remis au lendemain depuis des mois, d’avoir des germes de projets et d’idées pour ma vie, mais de me dire que la réponse s’imposera d’elle-même quand il le faudra. Or, à ce moment-là me reviennent en tête les paroles de David Byrne, les couplets de Once in a Lifetime que je me répète depuis quatre ans, qui, comme une épée de Damoclès, me rappellent à quel point la vie est courte, et les regrets ne tarderont pas à venir si je ne donne pas à ma vie le sens qu’elle doit avoir. Je refuse catégoriquement de me réveiller dans vingt ans et de me demander ce que je fous là. De l’imaginer, cela me met dans une panique existentielle. En fait, je suis plus heureux que je ne l’ai été depuis longtemps, mais aussi plus conscient de la fragilité de cet état, je suis comme ultra-conscient de mon existence et de ses possibilités, autrement dit je ressens une liberté enivrante mais terrifiante. Charlotte est arrivée à ce moment-là, mais elle ou une autre, ne représenteraient que la même chose, une porte d’entrée vers un inconnu hautement désirable, mais dans lequel il faudrait s’abandonner sans connaître la suite. La suite, il faudrait alors l’écrire, comme devant une page blanche ; et la peur de l’échec de cette entreprise est la peur que cette porte se referme et que je perde de ce sentiment de liberté, qui est l’essence dans mon moteur pour la vie. Mais, et c’est ici que je boucle, cette page blanche est complètement blanche, tout reste à écrire, et quand bien même je suis heureux d’entrevoir le possible, je ne sais par où commencer ; pis encore, je sais que pour accéder d’autant plus à cette liberté totale, il me faut accomplir l’effort, pourtant pas extraordinaire, de faire le nécessaire pour mon master, de me mettre au travail encore un mois.

Je me désintéresse du foot, de l’élection, des jeux vidéo. Je me désintéresse de toutes ces choses qui ne sont guère que du divertissement, et mon esprit perçoit bien quelle perte de temps tout ça représente. Et une première étape pour me focaliser sur ma vie serait de me débarrasser de ces futilités. Pour autant que cela semble sortir de vidéos de développement personnel, je prends réellement conscience de tout ça aujourd’hui. Demain, je ferai le ménage sur mon téléphone. Twitter doit disparaître. Je dois ne pas aller sur Instagram. Plus généralement, je dois passer infiniment moins de temps sur mon téléphone. Je devrais même me déplacer à la bibliothèque pour travailler. Mais donc, si je me désintéresse de tant de choses, qu’est ce qui me donne envie de vivre ? La réponse est : les livres, les interactions sociales, l’introspection. Les choses qui comptent vraiment. On revient toujours à l’existentialisme. Il est possible que je fonctionne par cycles, et que je sois arrivé à la fin du précédent, que j’aie besoin de redéfinir les termes de mon existence avant de commencer le suivant. Il y a une dualité dans mon rapport actuel au temps. D’un côté, je dois profiter de chaque jour et l’échéance de la vieillesse ne m’attire pas du tout. De l’autre, et ce côté l’emporte aujourd’hui, j’ai une hâte, un appétit immense du futur, je souhaiterais pouvoir me téléporter au jour où je reverrai Charlotte, où je commencerai le projet de ma vie professionnelle, et c’est pourquoi tout le reste m’ennuie, car ne me place pas dans le chemin du sens, pire, ne fait que me rappeler à quel point cette attente du futur est longue. Mais encore une fois : si je n’arrive pas à mériter ce futur, le retour de bâton sera terrible. Mon travail passé m’a amené dans une position de grande liberté pour ma vie, et j’en suis reconnaissant, au milieu de tout ce qui m’y a aidé. C’est une chance que je dois conserver. Je dois valider le M**. J’ai le devoir envers moi-même de mener mes rendus de projet à leur terme au mois de février, de réussir mes partiels, de valider ce master, d’en ressortir encore une fois grandi et fier, afin de pouvoir conquérir le monde. Ou en tout cas, conquérir ma vie. Mots clés : organisation, prévision, Temps, sens, essentiel. Il n’y a pas de fatalité, le seul acteur, c’est moi.

J’ai l’impression de pouvoir continuer à écrire toute la nuit, mais que ce ne serait qu’une vaine tentative de vivre avant d’avoir vécu, d’accélérer les jours, de grignoter ce qui me sépare de la totale liberté. Mon appétit de vivre est immense.

13 février 2022

Petite redescente de mon nuage. Il est une heure, je m’ennuyais et je me suis donc mis en tête de chercher ce que je pourrais faire de ma vie. J’ai fait des tests sur le site de l’Étudiant, j’ai encore moins de certitudes qu’avant, c’est proprement déprimant. Je me dis que je serais capable à tout moment de complètement dévier de branche après mon diplôme, ça ne me dérangerait absolument pas sur le principe. Mais pour quoi faire, aucune idée. Week-end à moitié sorties, à moitié studieux, plutôt positif, dans l’ensemble. Trois jours sans Twitter, et je compte continuer, les choses qu’on croit indispensables deviennent inutiles à nos yeux dès le jour où l’on vit sans elles (ou peut-être n’est-ce que vrai pour moi). J’ai décidé de laisser tomber avec Victorien et Paulin, ils ne veulent pas me voir, je ne me battrai pas. De même, pour le moment j’attends que Charlotte me recontacte, mais pas sûr que cela tienne longtemps. Il n’y a pas d’incohérence entre mon état d’aujourd’hui, ennuyé et sans idée de mon futur, et mon état d’il y a une semaine, tout rêveur. Comme Houellebecq dans Anéantir, j’ai comme l’impression que seul l’amour vaut la peine dans la vie, qu’il est en tout cas nécessaire au bonheur. Mais c’est complètement déprimant, nihiliste d’une certaine manière, triste, je ne sais pas, je ne devrais pas penser à ça et plutôt réfléchir à ce que je veux faire de ma putain de vie, à vingt-et-un ans, ça serait une bonne idée.

16 février 2022

Je suis complètement redescendu, on peut même dire que ces jours-ci ne sont pas très joyeux. Je viens de passer près de dix heures sur le projet que j’ai à rendre pour le M**. Je pense le boucler tel quel, même si il pourrait être amélioré. Je ne supporte pas Gauthier ces jours-ci, et en même temps j’adore discuter avec lui de manière posée par ailleurs. Mais au quotidien je me sens constamment jugé, j’ai l’impression de vivre avec ma mère, la recherche d’attention en plus, c’est vraiment insupportable. Hier matin, en me levant j’ai envoyé un message à Charlotte, pas forcément très bien senti, assez direct. Je lui ai simplement demandé quand est-ce qu’on se revoyait. D’un côté ce n’est pas forcément idéal, de l’autre, même si elle arrêtait de me répondre, je serais simplement un peu déçu. Je n’aurais pas écrit ça il y a une semaine ; mais je me rends compte dernièrement que j’ai tellement de choses à améliorer en moi que ce ne serait pas une perte. Je ne sais même pas si j’ai assez confiance pour réussir quelque chose avec elle si on se revoyait. J’ai simplement du mal à me projeter dans quoique ce soit. Ou en tout cas, je foisonne d’idées mais pour chacune, je me heurte à un mur. Je mets beaucoup de temps à m’endormir le soir. J’ai peur de l’échec. Je déteste mon cursus mais je sais que si je rate cette année, je perdrai juste encore plus de temps. J’ai la sensation de devoir poser un projet à plat, mais le reste me prend tellement de temps que ça ne vient jamais, et le soir dans mon lit, je suis incapable de poser un projet de manière ordonnée (évidemment).

Je vais me contredire, ou préciser : je n’ai pas envie que ça s’arrête là avec Charlotte, mais j’arrive à m’en détacher. Je viens de refaire le questionnaire MBTI pour voir où j’en étais, si ma personnalité était bien définie, et oui, c’est bien le cas. De plus, j’ai lu les détails de mon profil avec attention, et il s’agit vraiment de moi. Avoir lu ça m’aide à accepter comment j’ai été avec elle, comment j’agis. Je ressens vraiment le besoin de trouver quelqu’un qui m’aime pour qui je suis, en me comprenant un minimum, et c’est quelque chose que je n’avais pas décelé avec Zoé. Car je sentais bien que Zoé m’aimait pour une partie de qui je suis, mais pas assez importante. Ou alors est-ce l’inverse, c’est sans doute moi qui n’aimait pas Zoé pour ce qu’elle était mais pour ce qu’elle m’apportait, et c’est l’une des raisons pour lesquelles ça n’a pas marché. Je ne sais pas, je ressens que le plus naturel pour moi serait de pouvoir être totalement honnête avec la fille que je vois, mais c’est comme un pari fou, que je ne suis pas sûr d’oser. Je ne suis pas sûr d’être assez naturellement attirant, de laisser transparaître de manière si évidente les raisons pour lesquelles je me considère une bonne personne et digne d’être aimée ou admirée. Après tout, généralement les gens ont une mauvaise première impression de moi. Quasiment tout le temps en fait, je me dis, c’est drôle.

Je ne sais même pas si je suis en dépression. Je ne crois pas, mais je sens bien que je suis dans une sorte d’impasse objective. Et je me sens seul. Et je crains que mon envie de revoir Charlotte ne soit qu’un symptôme de cela. Le pire, c’est que j’ai l’impression d’être plus malheureux que lors de mes pires périodes avec Zoé, alors que je ne rêvais pas, que je n’avais pas plus de perspectives dans la vie, mais juste, j’étais moins seul, j’avais cette option, ce soutien. Et maintenant je dois à nouveau mériter, faire mes preuves. C’est facile de choper, je ne me fais pas de souci pour ça, la preuve avec Laeticia. Mais réellement séduire, je ne sais pas. Je ne sais même pas si je l’ai déjà fait. Avec Gabrielle, c’était d’abord sexuel, et avec Zoé, je n’ai rien eu à faire. J’ai l’impression d’être à la recherche d’une grande amie. Oui, mon grand amour sera une grande amie. Cela m’embête quand même, d’avoir peu d’amis, mais c’est en même temps une des conséquences de qui je suis, et je l’accepte. Je sais juste qu’à la fin il restera Étienne. C’est le seul dont je sais qu’il ne m’abandonnera jamais et que je n’abandonnerai jamais.

J’ai découvert le serveur Discord créé par **, un salon assez masculin où l’on essaie de se motiver et de se donner des conseils sur beaucoup de choses. C’est une excellente initiative. Mais j’ai l’impression d’être le seul à posséder la réponse sur mon avenir. Mon rapport au temps est vraiment paradoxal, le temps est réactif limitant parce que je dois travailler rapidement et rendre des projets avant des dates limites proches, et parce que je ne trouve jamais le temps de réfléchir aux choses vraiment essentielles. Et d’un autre côté, tout ce que je voudrais serait d’accélérer le temps pour me retrouver enfin libre. Mais n’est-ce pas ce que je me dis depuis toujours ? Et la liberté vient-elle avec l’avenir ? En réalité, jamais. La leçon est donc sûrement que je dois trouver ce temps dans le présent, dans le futur proche. En même temps, je m’étais promis que le M** serait heureux. Quelle naïveté… Il faudrait simplement que j’arrête que croire que cela viendra de l’extérieur ! J’ai bien rempli des questionnaires de métiers, je me suis renseigné sur l’entreprenariat… Mais il va falloir que je me mette à une table et que j’écrive. Que je balance toutes les idées possibles et imaginables. Ensuite viendra le temps d’un plan de réalisation.

20 février 2022

Nous sommes dimanche, j’écris plus tôt que d’habitude parce que je ne fais pas grand-chose de ma journée, étant donné que j’ai peu dormi ; je suis rentré à huit heures du matin de chez Baptiste à Cergy. La soirée n’était pas mal du tout, il y avait des gens que je n’avais jamais vus, et même des filles (chez Baptiste) ! J’ai globalement passé une bonne soirée, j’ai pu discuter avec des inconnus, discuter longuement avec Étienne, et puis, l’objectif de la soirée étant de prendre des nouvelles de Baptiste, c’est chose faite. Baptiste est fidèle à lui-même, pour le meilleur ou pour le pire. C’est toujours pareil, on aime bien Baptiste, mais à petites doses…

Je suis complètement crevé, à demi éteint. Je vais très bientôt partir pour aller chez papa pour manger. J’avais écrit « mon père » par retenue, mais comme je suis le seul à devoir lire ce journal… J’alterne constamment entre des pensées positives et négatives, à quelques jours d’intervalle. Mais globalement, je sais que je vais avoir trois semaines très pénibles, avec deux semaines de révisions et une semaine de partiels. Je veux juste en terminer avec ce master. Je n’ai pas vraiment d’idée de ce que je veux faire, au risque de me répéter, mais je ne peux pas trop y penser avant le début du stage, la condition pour pouvoir faire ce que je veux plus tard reste de valider ce diplôme à la con.

Je me détache un peu de Charlotte, j’ai l’impression de devoir faire des efforts pour quelque chose qui devrait être naturel. J’étais sur mon petit nuage pendant une semaine après que nous nous sommes vus, mais depuis, et ce n’est pas quelque chose que je lui reproche, je sens que Charlotte a d’autres choses à faire, des amis à voir et surtout du travail ; je pourrais m’en inspirer, et remettre mes priorités dans l’ordre. Je devrais. De toute façon, je sens que c’est ce que je vais faire. J’ai simplement envie de la revoir. Je veux juste vivre. Bon sang, je raisonne exactement comme au début de ma prépa. Et je ne sais pas si j’avais raison à l’époque.  Attention, je ne dis pas que Charlotte ne manifeste pas d’envie de me voir. Je suppose quand même qu’elle en a envie, mais moins que moi, ou en tout cas qu’elle arrive mieux que moi à connaître son ordre de priorités. Mais tout cela fait que cette histoire traîne, que j’ai insisté plusieurs fois, et donc maintenant j’ai juste envie d’attendre qu’elle me repropose de son côté. La dernière fois, j’avais attendu une semaine avant de lui envoyer un message moi-même, bon. Je ne me prends pas trop la tête, beaucoup moins qu’il y a deux semaines, et tant mieux. Je ne sais pas. Sois je suis un flemmard, soit les choses qui me font vibrer sont tout simplement ailleurs. Et je vois Charlotte comme cet ailleurs. Et je me trompe peut-être. Je n’en sais strictement rien. Même réflexion que lors de mes sorties de début de prépa.

Rapidement avant de partir rue Lully, Gauthier m’énerve en ce moment, j’ai presque envie de le prendre à parti un de ces jours, pour lui dire de cesser toutes ses remarques sur mon mode de vie, mes amis, mes choix ou que sais-je. Il n’y a rien qui ne m’énerve plus que quand quelqu’un se permet de juger pour moi les erreurs que je fais (potentiellement). Ce n’est pas parce que je ne le communique pas que je n’ai pas conscience de mes erreurs, des mauvais chemins que je peux emprunter. Mais ressentir le jugement de quelqu’un à ce sujet, il n’y a rien qui ne me met plus en rogne. Ou plutôt non, le jugement est une réalité de la vie de tous les jours, il n’y a aucun moyen de s’en débarrasser, mais les remarques constantes de Gauthier me mettent hors de moi. Je n’arrive même pas à comprendre comment quelqu’un peut se permettre ça. L’intimité est beaucoup trop importante pour moi. J’aurais tout simplement honte de pouvoir penser que mon avis compte, (et surtout ma Morale, dans le cas de Gauthier, cf. ses remarques sur l’épisode Laeticia), et d’autre part de ne pas se dire que l’autre (moi) a déjà ces réflexions lui-même. En bref je n’ai pas besoin de l’avis de Gauthier sur ma vie pour me former le mien. Je vais vraiment le lui dire, parce que c’est très, très pénible au quotidien. J’en ai été à avoir envie de me barrer rue Wagner un jour pour respirer.

Je n’ai pas parlé de la soirée à Ingésup, vendredi soir. Pas excellent. Aucun intérêt même, avec le recul.

22 février 2022

Depuis deux jours, je me suis lancé dans mes révisions. J’ai un plan de toute la journée, j’essaie de m’y tenir au mieux ; la journée d’hier a été bien productive, exactement ce que je voulais. Il y a quand même eu un imprévu, à savoir que Cindy s’est fait larguer par Mattéo. Donc la soirée a duré beaucoup plus longtemps que prévu, et je n’ai pas eu beaucoup de temps pour travailler aujourd’hui, entre un lever plus tardif et plusieurs heures de cours avec, désormais, mes deux élèves. Mais autrement, je ne mange pas mal, je passe peu de temps sur mon téléphone, je travaille en écoutant de la musique : à ce rythme-là, je serai prêt pour mes examens. Le tout est de tenir, parce que des phases de révisions de deux jours, j’en ai toujours été capable, alors que deux semaines, ce serait autre chose. J’écris à 18h30, un meilleur horaire que le soir. Je pense très peu à Charlotte. Je suis complètement retombé, mais pour le meilleur. De toute façon, les examens avant tout.

25 février 2022

Pour une fois, je me suis dit que j’allais écrire dans l’un de ces carnets, plutôt que sur mon traditionnel fichier Word. Sûrement, comme toujours, c’est face à la perte de sens qu’il m’est venu de prendre le temps d’écrire (pour de vrai, cette fois). C’est un exercice assez inhabituel ; contrairement à l’ordinateur où j’ai tout le loisir de me corriger, sur le papier le flot de mes phrases est parfaitement naturel, ininterrompu et sans censure. En tournant en rond dans ma chambre rougebâtoise alors que minuit approchait, j’ai vraiment pris mesure de l’ennui que je ressens depuis un certain temps. Non pas qu’il n’y ait rien à faire, certainement pas ; à part aujourd’hui, ma semaine a été très studieuse, et mon temps libre peut se diviser entre jeu (j’ai repris Heroes sur mon ordinateur fixe), lecture (j’ai abandonné Plotin, déçu, et commencé Guermantes), ou encore cuisine. Mais il n’empêche que ce que je peux entreprendre ne me satisfait pas totalement. Ou plutôt, je traverse les journées sans avoir l’impression que quoi que ce soit de concret, de notoire, ne s’y produise. J’ai pu penser que cet ennui était passager, un simple symptôme de mon attente d’un futur plus porteur, où mon occupation serait suffisamment épanouissante pour éclipser ce genre de réflexions. Mais à l’évidence, c’est autre chose. Et je ne m’attends pas à ce que mon stage puisse apporter cette révélation ; tout au plus pourra-t-il me libérer de certaines contingences, déjà légères depuis septembre, liées aux cours. Et puis-je me libérer de ces contigences de toute façon ? Sûrement pas. De plus, je ne pense pas qu’elles soient le problème.

Revenons au sujet concret de mon interrogation. Je ne cesse, pour la définir, de revenir aux premières paroles de la chanson « Helplessness Blues ». J’aimerais pouvoir être un engrenage utile, dans quelque machine dont la cause me dépasse. Et je ne sais pas de quoi il s’agit. Je ressens un manque. Et cet ennui dont je parlais n’est vraiment pas une absence d’occupations. C’est plutôt l’expression de ce manque. Et de ce que rien n’arrive à combler ce manque : ni les cigarettes, le jeu, le travail, certainement pas l’argent , alors que j’ai gagné 150 euros en une semaine, le sport, les amis, la musique ou que sais-je. Et comme toujours lorsque rien ne peut combler un manque, on peut se prendre inlassablement à l’idée que c’est cette autre chose que nous n’avons pas qui constitue l’objet de ce désir. C’est ainsi qu’en me glissant dans mes draps propres et froids, je me suis bercé un instant en pensant au corps d’une amante douce et chaleureuse, s’endormant sur ma poitrine. Ah… ma méthodologie de l’identification de l’objet du manque n’est vraiment pas bonne. Voilà que j’ai envie de faire un énième état des lieux de la situation (stagnante, sans événement) avec Charlotte. En trois semaines depuis notre rendez-vous, il ne s’est vraiment rien passé, mis à part que Charlotte a écouté ma musique, et que deux fois je lui ai proposé de nous revoir, et que deux fois elle le voulait mais avait mieux à faire. Ce qui m’a mis, depuis une semaine, dans une situation où je me sens bloqué. J’en ai même perdu moi-même la motivation de la revoir, comme pour me protéger de l’échec que j’entrevois. Surtout, encore proposer m’embêterait pour plusieurs raisons : l’impression de forcer pour obtenir son temps , d’une part. De l’autre, la sensation qu’une personne qui souhaiterait me voir fera elle-même ce pas. D’autant qu’elle devait « me redire ». La faille dans ce deuxième point, c’est que cette posture peut ne mener à rien ; que je ne connais pas la psychologie de la personne d’en face. Surtout, qu’elle me laisse dans une attente grandissante et toujours plus décevante. Non vraiment, je sens que je n’ai pas confiance en moi, alors que j’aimerais, non pas que Charlotte s’endorme avec moi un soir, mais qu’au moins, au moins, j’aie la chance, l’opportunité de découvrir cette personne pour de vrai. Le pricnipe de devoir me battre pour le temps d’une jeune femme de vingt-deux ans me dépasse. Je vis dans la ville, et pourtant je me sens tellement isolé du monde et des gens qui le peuplent, j’aimerais pouvoir créer les chances d’une présence auto-suffisante, qui me permettrait, un instant ou un autre, d’éteindre le flot intarissable de mes réflexions vaines et sans résultat, de profiter de l’acceptation et de la compréhension de l’autre, de moi par l’autre. L’amour doit être la résignation à vivre pour l’autre, face à l’impossibilité de trouver une raison de vivre et une transcendance en soi-même. À grande échelle, ce sentiment a pu créer de si belles choses qu’on est forcé d’être admiratif de ce qui est possible une fois acceptée la dure réalité de notre mortalité, et de la vacuité, du non-sens d’une réflexion portée uniquement sur le soi. « Pourquoi est-ce que j’existe ? Qui m’a créé ? » Tout ça pour finir seul et sans avoir plus d’idée de cette transcendance que nous aimerions toucher. Alors qu’il suffirait vraiment du souffle chaud d’une humaine si peu différente de nous pour comprendre d’où peut venir la quiétude, l’absence de peur et de questionnement.

Voilà tout ce que j’écris quand je me prends à rêver que l’amour pourrait être une solution simplissime à mon problème. Quand j’en reviens, et quand l’explore le restant de mes possibilités, je n’ai plus qu’à imaginer un travail, une activité dans laquelle je trouverais mon bonheur. Or je sais bien que mes passions sont aussi multiples que brèves ; que les germes de mes projets sont nombreuses, mais que très peu sont arrosées un jour.

Alors je repense à Charlotte, et je me dis que si elle ne me relance pas avant la fin des mes examens, alors je ne pourrai pas abandonner, je serai forcé de faire ce pas moi-même, et que ma seule option sera la vérité, à savoir que j’avais passé un très bon moment avec elle la première fois, qu’on n’avait pas trouvé le temps d’organiser quelque chose d’autre, que j’avais moi-même été pris par mes partiels, mais que ce serait dommage de s’en arrêter là, que ça me ferait tout simplement plaisir de la revoir, si elle en a envie. Et de là, tout serait possible, de l’approbation à l’échec, mais j’aurais fait la bonne chose en choisissant la vérité, et quel temps j’aurai alors perdu à défricher tous les autres chemins impraticables !

En disant la vérité à cette fille, à Charlotte que tout m’indique être intelligente, je fais l’unique bon choix, car alors la réusite de mon entreprise sera une condition suffisante et nécessaire de la possibilité de son amour pour moi.

Toujours rien pour le sens de ma vie, mais au moins de quoi s’occuper pour les prochaines semaines. Faites vos jeux pour la suite.

27 février 2022

J’ai couché avec Laeticia. Et je regrette. Il est probable que j’ai mal agi en couchant avec elle après qu’elle m’a dit vouloir quelque chose de sérieux ; dans le même temps, j’ai essayé de lui faire comprendre que je ne pouvais pas lui garantir cela (un euphémisme). En résumé, j’ai baisé avec une fille que je n’apprécie pas particulièrement, dans notre groupe de potes, de manière bête et égoïste ; je lui mettrai un râteau demain, elle m’en voudra sûrement, mais je pourrai passer à autre chose. Et je retiendrai la leçon. Être un connard, c’est pas bien.

En dehors de ça, la soirée d’hier était moyenne. La journée d’aujourd’hui n’était pas mal, il faisait beau, Gauthier et moi sommes allés travailler (sans succès) à la salle d’escalade. J’étais fatigué, je voulais me coucher tôt, mais j’ai fini par passer une heure à rire de tout ça avec Étienne. Je vais quand même essayer d’aller en cours demain matin, et avant cela d’avancer un peu Guermantes.

05 mars 2022

Pas trop de motivation à écrire. Ennui, toujours, mais ennui agréable, que j’arrive à accepter. Une semaine moins studieuse que la précédente, mais où j’ai gagné de l’argent supplémentaire, où j’ai un peu avancé dans mes révisions, et surtout où j’ai pu entamer la lecture du livre de Lipovetsky, « L’ère du vide ». Je lis ce livre pour le cercle de lecture de l’Étendard, qui était prévu aujourd’hui mais qui sera finalement la semaine prochaine. C’est une des meilleures analyses de notre époque que j’aie pu lire, elle m’apporte des grilles de lecture de ce qui m’entoure, au risque de basculer dans la négativité à outrance. Dans le même temps, je fiche les points essentiels de l’ouvrage, et si je le fais pour mon compte-rendu à l’Étendard, c’est un exercice que j’apprécie.

Cette période d’ennui concorde avec mon éloignement des réseaux sociaux et de l’actualité. Je me rends vraiment compte du vide qui reste lorsque nous levons nos yeux de nos écrans. Je vois ça comme une bonne chose ; déjà, le temps gagné est considérable. Je me mets alors à beaucoup penser, à mon avenir, à une multitude de sujets. Je me représente la littérature comme un horizon de découvertes infini, une des seules choses qui me motive, dernièrement. L’amour aussi, mais j’ai mis ces considérations en « pause ». J’ai sans nul doute peur d’être devenu trop négatif, trop exigeant par rapport à ce que mon environnement m’offre ; je sais que je désire une personne compréhensive et intelligente.

03 avril 2022

Comment résumer un mois en si peu de temps ? Comment me souvenir de toutes les phases que mon humeur a traversées et de toutes les choses qui m’ont marqué ? Cela risque de prendre du temps, mais armé de mon historique de trajets, je peux déjà ne pas laisser passer l’essentiel. Je suis tenté de prendre les choses de manière chronologique, mais je pense qu’il vaut mieux commencer par mon état actuel. Je suis heureux, et triste. Content de ce que je fais au quotidien, mais peu confiant en moi. Il faut dire que la semaine passée a été émotionnellement  éprouvante. D’abord, les deux jours d’Edwige, l’amie de Cindy. Vendredi dernier, Cindy m’a dit qu’elle accueillait cette amie – que j’avais déjà vue une ou deux fois – le mercredi suivant, soir où je serais seul jusque tard, et que je pourrais sûrement coucher avec elle. Et très vite, dans nos messages pour nous organiser, j’ai vu que c’était clairement le cas. Mais : il ne s’est RIEN passé. Je n’étais pas certain de percevoir des signes, ou plutôt si mais je n’osais rien, alors que je trépignais d’envie. J’ai fini par me coucher dans une frustration immense, qui s’est propagée sur deux jours jusqu’au gala de Ingésup vendredi. J’étais avec Étienne, revoir des gens plus aperçus depuis longtemps m’a plu, et je me suis bien amusé. Mais seulement voilà, sûrement pris par un élan d’hormones, j’étais absolument affamé, j’ai fini par me coucher en ayant failli me jeter sur Cindy pour l’embrasser. J’en étais presque à me dire que j’étais amoureux d’elle, pensée qui m’a évidemment paru absurde dès le lendemain. Mais tout de même, avoir eu ces pensées, avoir failli agir de la sorte, cela me fait me voir comme quelqu’un de désespéré et ça ne me plaît pas du tout, cela fait chuter ma confiance en moi. Parenthèse sur Cindy : à plusieurs moments depuis sa séparation avec Mattéo, je me suis demandé si elle ne souhaitait pas quelque chose avec moi. Je suis incapable de le dire ; tandis que de mon côté, je sais que je l’ai déjà souhaité. Notamment cette soirée tous les deux où on a regardé le match de rugby avec des bières. Mais je n’aurais rien tenté moi-même, par peur, tout simplement. Est-ce que je devrais abandonner cette peur ? En partie, oui. Je ne conclus jamais, même avec Laeticia j’ai eu besoin d’un signe, et dans mon histoire amoureuse j’ai toujours tardé. Mais dans le même temps, je paraîtrais en chien auprès des autres ; avec Cindy, ç’aurait probablement été une erreur, puisque je me serais aliéné du monde, tout en ne construisant rien. C’est pourquoi, si je recontactais Edwige comme je l’envisage, ce ne serait pas juste pour une relation futile. Car oui, on a pu discuter, et je la trouve belle, et surtout elle possède une personnalité atypique, presque masculine, tout en étant physiquement très féminine. Il faudrait que je la recontacte, vraiment, même si elle a l’air de vivre des relations spéciales, et qu’elle est partie déçue de moi (Cindy m’a dit qu’elle voulait, mais qu’elle me sentait froid – ce que je n’étais pas, mais simplement stressé et timide… et lâche…). Bon. Voilà pour cette longue étape amoureuse.

Pour le reste de la semaine passée : le temps passe très vite depuis le début de mon stage, mes journées sont remplies, ce qui me rend heureux – bien que pauvre – malgré tous mes échecs amoureux. J’ai pris un brunch ce matin avec Angélique et Rodrigue, ça me faisait plaisir de voir Rodrigue qui n’était pas au gala, car il se remet de l’annonce du divorce de ses parents. Je ne voulais pas y aller avec l’air de le prendre en pitié, mais simplement parce que c’est une personne assez chouette.

Cela me fait penser à un épisode, lorsque l’amie de Gauthier, M-A, est venue dîner à l’appart il y a quelques semaines. Elle disait, avec Gauthier et contre moi, qu’il fallait parfois parler aux gens des sujets dont on sent qu’ils les taraudent, mais sur lesquels ils n’osent pas se confier. Je me refuse toujours de le faire, par peur d’évoquer précisément quelque chose que l’autre préfère garder pour lui, et parce que je sais que moi-même, je n’ai pas toujours envie de me livrer. J’exprime d’ailleurs très peu mes sentiments, et cela rejoint le même problème, celui de mes occasions ratées. Quand Cindy a rendu les clés de chez nous hier, au moment de lui dire au revoir, j’aurais voulu avoir le courage de lui confier à quel point j’étais triste dela voir nous quitter. Et dans son « bon, Simon » qui a précédé mon « bisous, Cindy », j’ai ressenti la même émotion palpable mais refoulée, gardée à l’intérieur. Et ça, je le regrette. Il fait que je prenne confiance, que j’accepte de me livrer quand c’est la bonne chose à faire. Je dois la voir demain à l’escalade, et j’aimerais le lui dire.

Je suis allé au musée Carnavalet aujourd’hui, et notamment pour l’exposition Proust – extrêmement inutile –, et je n’ai toujours pas fini Guermantes – j’avance très lentement, je ne prends pas le temps depuis le début de mon stage mon temps est beaucoup pris. Mais je suis également heureux.

Autrement, j’évoque pêle-mêle le * – une très belle journée –, le concert d’Hélène Grimaud, une excellente soirée avec l’équipe Ingésup il y a une semaine (Floriane, Marjo, Cindy, Aurèle), une soirée débat entre Renaud Camus et Olivier Rey à la maison des Mines, une jolie Italienne doctorante au CRFIM, une bonne relation avec mon tuteur Ben, des discussions agréables avec Marc (de la BI bien sûr), un stage très stimulant intellectuellement mais qui ne me convainc pas de poursuivre en thèse, des partiels terminés plutôt de manière convaincante, un cercle de lecture Étendard absolument passionnant, en bref, avec le recul, un mois positif et rempli, riche en émotions, riche en regrets certes, mais des regrets rendus possibles seulement par l’élargissement des mes perspectives, une zone de confort toujours repoussée, un avenir qui me sourit enfin.

27 avril 2022

Indéniablement, j’ai perdu mon attrait pour ce journal, que je reprends aujourd’hui non pas par envie ou besoin, mais pas nécessité de continuité – par contrat avec le moi du passé, qui s’est engagé à être régulier, et avec le moi du futur, qui pourrait bien avoir besoin de se replonger dans cette période. Après tout, la raison pour laquelle je n’écris plus depuis deux mois n’est-elle pas que je suis heureux, que mes questions sont en suspens, là où je me jetais sur mon fichier lorsque j’étais au plus bas – comme après Lugo ?  Mais alors, quand bien même ce journal ne répondrait pas à mes interrogations actuelles, il pourrait très bien apporter de la lumière à celles à venir.

Comme la dernière fois, je vais reprendre l’historique de mes trajets pour ne rien oublier d’essentiel – mais cette fois, à la fin, afin de ne pas être influencé dans le flot de mes pensées. Après relecture de la précédente entrée, les réflexions qui me viennent sont sur le thème des relations amoureuses. Je me suis retrouvé ces derniers jours à repenser à Charlotte, qui est complètement en dehors de mes considérations, et qui cependant est synonyme de gâchis, de regret. Ce journal atteste de mes pensées parfois folles à propos de cette fille que pourtant je n’ai vue que deux fois. Sans doute maintenant, l’on peut dire que cette passion, c’était celle, non dirigée, de ma redécouverte du sentiment amoureux, de la beauté charmeuse, de l’horizon infini que celle-ci paraît nous offrir. Et je me suis demandé pourquoi je ne la recontacterais pas. Puis me suis dit que je n’en avais pas envie. Puis me suis souvenu de sa beauté. Puis j’ai relu son dernier message qui m’avait découragé et donné l’impression de ramer. Puis me suis pris à imaginer ce que je ratais peut-être. Enfin, je n’ai rien fait, mais pourquoi, pourquoi, la réponse me paraît claire, parce que j’ai à nouveau peur du rejet, et je me cherche des excuses. Donc il faudrait vraiment que je le fasse. Car Charlotte n’est plus le nom des promesses amoureuses, elle est devenue au contraire le visage partout décelé et deviné des occasions manquées. Or que coûterait un message ?

On pourrait maintenant dresser une liste de mes pérégrinations féminines depuis Zoé : « C » de la Frange, Charlotte, Laeticia, Edwige, Marylène maintenant. Les deux dernières sont, de la même manière, représentatives de ma manière de manquer des occasions toutes cuites. Ces filles me trouvent attirant, on parle, je sens la tension, mais je finis seul parce que je n’ai rien osé, parce que j’attends qu’on conclue pour moi. Certes, pour Marylène, il y avait d’autres circonstances et je n’étais pas le seul fautif. En tout cas, j’ai recontacté Edwige (elle au moins), et après ne m’avoir pas reconnu, elle m’a dit qu’elle était à Stockholm. Parce que oui, entre Bourquier et l’autre bout de l’Europe, j’adore me mettre des bâtons dans les roues. Je devrais lui redemander si elle est à Paris, ou si elle le sera bientôt. Autant laisser le plus de portes ouvertes possibles. De même, autre message que je n’ose pas envoyer, celui à Victorien, que je n’ai tellement pas envie de perdre, que pourtant pour le moment j’ai perdu, à force d’avoir peur du rejet, peur de devoir m’expliquer, comme si je n’étais pas en paix avec mes actions et mes idées.

Trois messages à envoyer, donc. En attendant, je vis de nouvelles expériences, comme mon nouveau petit boulot de barman dans le Yème (ou plutôt, de serveur). Une expérience riche, éprouvante mais humainement gratifiante. Qui paye moins que l’arbitrage, si la comparaison vaut. J’y retourne demain.

Ah quand même, quel plaisir d’écrire, de sentir les pensées se coucher naturellement sur le papier lisse… Pour le reste auquel je pense, je me suis engueulé avec Gauthier (sans conséquences) un soir où nous allions chez Cindy (dans son nouvel appartement, moyen…), je commence Grothendieck après avoir fini Guermantes et la Dépossession ; j’ai le projet d’écrire sur Houellebecq et à nouveau sur Fishes ; le stage ralentit mais continue de progresser, tout en me laissant le temps d’expérimenter un peu dans ma vie. Mauvaise phase alimentaire. Bientôt la question des rattrapages se posera. Dans un futur moins proche, celle des vacances. Dans un futur encore plus lointain, celle de la suite, qui dépend de la première, et que je laisse en suspens en profitant de mon élan actuel.

Mais trajets m’apprennent que je n’ai pas oublié grand-chose, si ce n’est la réélection de notre cher président, l’herméticité du parti * où Étienne et moi aurions pourtant bien aimé faire profiter de nos compétences, et une soirée merdique aux bords de Seine à Lizy, où j’aurais bien aimé voir Gabrielle mais où je me suis contenté de XY et XX.

05 octobre 2022

Première entrée depuis 5 mois. À la fois beaucoup et peu à dire ! Car je pourrais remplir des pages et des pages si je voulais résumer tous ces mois. Beaucoup de choses ont bougé en une entrée… J’ai arrêté de travailler au bar, mon stage s’est terminé, j’ai passé mes rattrapages, j’ai passé de belles vacances, j’ai trouvé quoi faire cette année, et j’ai trouvé une fille… Ou plutôt, cela m’est tombé dessus un peu par hasard. Tous ces mois à espérer quelque chose du travail au bar, pour finir en couple avec une fille que j’ai embrassée trois jours après avoir raccroché. Ophélia est très gentille, très jolie et j’adore coucher avec. Une chose que j’ai toujours sue est qu’elle était très à gauche ; très vite, c’est devenu mon seul accroc avec cette relation au fur et à mesure que nous nous revoyions. Pourtant, au bout d’un mois la question s’est (plus ou moins) résorbée : j’ai réussi à atteindre mon objectif, à savoir montrer que mes idées étaient bonnes, donner des gages sans jamais rien trahir de mes votes et attaches. Car il est toujours plus juste de montrer ses croyances que de laisser l’autre se faire sa propre idée sur la base d’une étiquette. Maintenant, Ophélia est attachée à moi et ne pourrait pas imaginer que je puisse être si gentil et pourtant un vilain faf… Ce que je ne suis vraiment pas ! En tout cas je reste tout de même sur la corde à linge, car je n’ai rien dit de certaines choses qu’elle devra apprendre d’une manière ou d’une autre : mes amis à l’Étendard, certains livres…

Je suis heureux en ce moment : ma formation de préparation au concours me plaît, ma coloc avec Marie et Hervé est atypique mais globalement fonctionnelle ; je suis content de qui je suis, et par rapport à il y a un an, je manque de temps plus que je n’en ai à tuer.

Ophélia s’est attachée vite ; j’aime bien la manière dont tout ça se déroule ; je mets plus de temps à lâcher prise, mais je sens que ça vient doucement (et clairement, il vaut mieux être dans mon cas). Je dis que cette histoire m’est tombée dessus, mais au fond ce n’est peut-être que l’accomplissement de la personne que je me suis mis en tête de devenir ces derniers mois. Quand j’écris « devenir », je ne parle pas de changer mon essence mais de m’accomplir. Je suis plus extraverti, depuis un mois je ne procastine pas, je cuisine, je travaille, je revois Victorien, je suis à l’initiative de ma vie. Ma lecture (longue et pas encore finie) de Schopenhauer me nourrit de beaucoup d’idées et de pensées. Si je récris, c’est parce que Ophélia m’a envoyé une lettre et que je souhaite lui répondre ce soir. J’écrirai dans le même carnet. Je pourrais continuer des heures… Quelle sensation que celle du papier sous mon stylo ! Plutôt que de m’épandre, je vais commencer cette lettre, et, je l’espère, revenir à ce carnet plus tard.