Si cette littérature ne m’avait guère transporté, voire Maboula Soumahoro - le Triangle et l’Hexagone, le livre de HB propose pour la première fois un dépassement politique fabryste de grand intérêt. Si elle ne camoufle jamais pour qui elle se bat vraiment, le Sud global et les barbares, et qui elle abandonnerait sans un mot, les blancs, Bouteldja produit une proposition qui a le mérite de la cohérence. Les barbares étant par la force des choses “français” et qu’ils ne pourraient, ni ne voudraient d’ailleurs, revenir sur leurs terres d’autochtonie, il faut bien les intégrer d’une manière ou d’une autre au schéma national. Mais les intégrer avec qui ? désintégrés aussi par le néolibéralisme, Bouteldja voit dans les forces populaires populistes le terreau d’une alliance nouvelle. Que les beaufs abandonnent leur blanchité, acceptent les barbares dans leurs expressions et leurs revendications, et que les barbares s’approprient une histoire commune aux beaufs : voilà le postulat du dépassement.

Ce livre ne peut être lu qu’en ayant en tête l’oeuvre majeur de Philippe Fabry sur les clivages politiques. Bouteldja propose, sans le savoir et sans que nous devions le désirer, un réel compromis politique. Une France métis, une France remplacée, mais une France exaltant une histoire commune : celle de la Révolution et de la Commune, celle d’un soldat inconnu qui serait peut être un nègre ou un bicot, celle d’un “nous” réel, forgé dans un passé transformé mais un passé existant, seule forme viable d’un récit politique commun. Reprendre le drapeau français, mais comme bannière de la liberté, et la Marseillaise, comme le chant de tous les citoyens opprimés. Pour reprendre le vocabulaire, parfois insupportable de Bouteldja, refaisant des “hommes” et non des blancs et des noirs. Politiquement enfin, une République Souveraine, sortie de l’Europe et affrontant seule ou avec le Sud Global le néolibéralisme en déliquescence.

L’idée de Bouteldja a le mérite de réunir, ce qui est le propos de tout compromis dans le clivage. Voilà les barbares intégrés, les beaufs protégés, les nationalistes de gauche exaltés, les eurosceptiques républicains contentés. Philippot - Asselineau - Bouteldja même combat ?

Si nous poursuivons la perspective Fabryste, nous savons qu’un jour prochain, apparaîtra un parti ou une figure, sans doute un Algérien métis ou kabyle, ayant fait une grande école, créant un parti revendiquant la “citoyenneté” et les principes de la République, et s’appuyant nommément sur les populations allogènes, formant déjà une majorité électorale claire dans de nombreux territoires. Sachant cela le livre de Bouteldja lui fournit tout cuit un programme politique, peut être trop fort et trop peu compréhensible sur le Frexit, mais au delà de cette proposition politique audacieuse, il est claire que si la théorie de Fabry devait se produire c’est bien d’une République souveraine type “Trois Couleurs, un Empire” qui apparaîtrait sous les yeux ébahis des nationalistes, et au grand désespoir des militants identitaires.

  • page 11 - de l’Ennemi et du lieu où se battre

    Ce monde est capitaliste. Ce monde, c’est la destruction du vivant. Ce monde, c’est la guerre. Il faut y mettre fin. Maintenant. Mais si le capitalisme est partout, les nations les plus responsables de la fin du monde sont, la plupart, localisées en Occident. C’est de là que j’écris, du coeur du capitalisme français. C’est là que mon désespoir s’épanouit. C’est là que mon espoir doit renaître, là que je dois envisager la fin de ce monde.

    Nous connaissons l’Ennemi. Il nous faut maintenant une volonté collective et une stratégie globale […]. Le pari c’est de trouver le moyen d’unir les forces contre cet ennemi] Les facteurs de la désunion sont nombreux mais parmi les plus structurels, les plus anciens et les plus effectifs, il y a la division raciale. C’est à ce noeud que je consacre ce livre

  • page 17

    L’Etat racial intégral n’épuise pas l’humain ni sa capacité à rompre les chaînes et chérir la liberté. Il a fallu identifier deux sujets révolutionnaires : les Beaufs et les Barbares. Ce sont ceux du mépris de classe et du racisme. Les mots dans lesquels l’ERI a enfermé d’un côté le prolétariat blanc et de l’autre le prolétariat indigène.

  • page 51 - du pacte racial de l’Etat Nation

    Ce pacte est au cœur de la troisième République, république raciale et coloniale par excellence. Une République qui enfante l’Etat Nation, la superstructure en béton qui condense les nouveaux rapports de force au sein de l’Etat répartis comme suit : primat de la bourgeoisie sur les classes subalternes, primat des classes subalternes sur les races inférieures.

    De ces asymétries naissent les grandes oppositions au bloc bourgeois ; la classe ouvrière et les damnés de la terre, exclus du projet national et antagonique aux pôles bourgeois et prolétaire de par leur fonction dans la division internationale du travail.

  • page 65

    UE super Etat racial en devenir

    Si les bourgeoisies nationales avaient jusqu’ici réussi à universaliser leurs intérêts en associant la classe ouvrière à un pacte social/racial relativement équilibré, l’UE ne permet plus, dans le cadre de la compétition forcenée avec les puissances capitalistes émergentes, d’offrir les mêmes avantages aux classes subalternes à l’échelle européenne.

    L’UE brise le pacte social sur lequel se fondait l’Etat racial, où les beaufs avaient intérêt à son maintien.

  • page 85

    Aujourd’hui encore, la gauche a beaucoup de mal à admettre l’organisation autonome de l’immigration et de ses descendants, et se montre incapable de penser une stratégie politique anti-impérialiste.

  • page 116 - La CGT modèle perfectible

    Son fondement est de construire l’unité de toute la classe pour surmonter la mise en concurrence des travailleurs les uns contre les autres, concurrence organisée par le patronat et l’Etat comme une véritable arme pour accroître l’exploitation. Dès lors, le militant syndicaliste est conduit à penser que toute discrimination à l’encontre d’un groupe de salariés sera tôt ou tard dommageable pour l’ensemble de la classe. Ces notions d’égalité, d’unité, d’intérêt supérieur de toute la casse ont profondément imprégné à ses débuts, le syndicalisme confédéré représenté par la CGT.

    Ces valeurs sont renforcées par la charte d’Amiens. Elle exige du syndicat une double tâche : d’une part la défense des revendications immédiates et quotidienne des travailleurs, de l’autre la lutte pour une transformation de l’ensemble de la société. En vue de la disparition du salariat et du patronat.

    *Sur cette base l’internationalisme peut s’épanouir.

  • page 121 - le tournant racial/national de la gauche

    Union CGT-CGTU opère un retournement racial en délaissant l’unité des travailleurs immigrés ou non, pour retourner à celle-ci.

  • page 154

    Les indigènes sont partie intégrante de cet Etat, d’abord comme chair à patron, force de travail mal rémunérée à laquelle sont confiées des tâches productives essentielles. Ensuite comme bénéficiaires collatéraux mais bien réels de l’héritage de la Révolution française, des Lumières et des acquis de la lutte des classes.

    L’Etat racial intégral n’est pas l’Etat totalitaire car c’est le consensus blanc, y compris sous la forme de la tolérance raciale, qui en assure la pérennité.

    hégémonie cuirassée de coercition - Gramsci

  • page 159 - Des beaufs

    Ils représentent en effet l’un des trois acteurs de l’équation qui permis l’avènement de l’Etat racial intégral. Ni leur bêtise ni leur intelligence n’entrent en jeu ici. Seulement la conscience de leurs intérêts immédiats.

    Cet acteur est cependant le maillon faible de l’équation. Les beaufs qui représentent une partie subalterne de la société politique et grande partie de la société civile sont la catégorie la moins fiable du consensus républicain.

  • page 160 - de l’islamophobie d’Etat

    Un simple observateur de la politique française ne peut que le constater : l’islamophobie est le sport favori des élites françaises. Son caractère absolument décomplexé déborde de partout, la surenchère raciste se justifie au nom du réalisme social tandis que l’insulte, la caricature et la stigmatisation des populations non blanches s’érigent en véritable vertu éditoriale où le courage de dire le vrai le disputerait à l’innocence des intentions.

    Le conflit de race est d’autant plus crucial qu’il permet de recréer l’unité entre blancs à chaque fois que le pacte social est remis en cause par le déchaînement des politiques libérales.

  • page 161

    Les politiques ultra libérale rognent sur le pacte social et trahissent les classes populaires blanches du fait de la baisse de la rente impériale, entre autres. […] La révolte des Gilets jaunes nous en donne une parfaite illustration. A l’image de l’Etat ils sont tendanciellement traversés par des sentiments racistes, homophobes et sexistes. Mais ce ne sont pas ces passions qui dominent leur révolte. Programmés pour considérer l’indigène comme leur ennemi intime, les voilà qui échappent à ce destin et enrayent la machine en s’en prenant à l’Etat et à ses représentants.

    Ex : Loi séparatisme en 2021 - recréer l’union sacrée après l’insurrection des Gilets Jaunes.

  • page 173

    Meskin les blancs restent avec nous.

  • page 176

    Que peut-on attendre des petits Blancs, ces étranges étrangers, vaguement familiers mais pas vraiment cousins et comment les envisager dans une stratégie décoloniale globale quand pas grand chose dans leur sensibilité ne se prête à ce genre de rapprochements mais aussi quand on se refuse, côté indigènes à n’être que des tirailleurs ?

  • page 179

    Origines : Valladolid chauvinisme contre internationalisme humain

  • page 183

    L*’indifférence est un trait de l’humanité blanche parce que tout Blanc, aussi pauvre soit-il, sait d’instinct que cet ordre lui est bénéfique. Les pauvres ou les déclassés - petits blancs, prolos, classes moyennes - font partie de cet ordre et c’est avec eux qu’il va falloir composer. Composer avec une humanité qui n’aime que ses enfants La BASE. Il est là le malheur. Il est là le nœud. Il est là le pari*.

  • page 187

    Ce que disent en creux les Gilets Jaunes c’est qu’il y a trahison. Ils sont quittés par la France