A l’aide d’une solide connaissance linguistique et opérationnelle et de l’utilisation de fonds tirés des correspondances diplomatiques entre Rome et Berlin GH Soutou propose une histoire résumée des projets de l’Axe pour l’Europe de demain.
En premier lieu la réorganisation de l’Europe en faveur de l’Axe et de l’Allemagne. Les projets d’union et d’organisation économique dans ce cadre. Puis, la réflexion d’un nouvel ordre européen d’après guerre, pensé dans la défaite annoncée à partir de 1943. Soutou propose un livre très intéressant, adoré par les milieux souverainistes malgré la bonne volonté européiste de l’auteur. Il démontre encore le caractère fondateur et prodigieux de la réflexion des années 30 autour du nécessaire dépassement du duopole capitalisme communisme d’une part, et surtout du dépassement du cadre national, déjà trop restreint pour un capitalisme en croissance et pour une pensée générale d’autonomie et d’indépendance du continent.
Livre pouvant servir tant dans une approche souverainiste pour dénoncer ad nauseam et sans intérêt les liens entre le projet européen et l’expérience national-socialiste, que pour, dans une vision plus narquoise, démontrer que les fées qui se sont penchées sur son berceau avaient de grands voiles bruns et noirs.
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Soutou décrit un mouvement général, compris dans une théorie européano endogène des projets, des schémas de pensée et des actions de l’Axe. Si c’est une reprise non formalisée de Chapouteries, la chose a son intérêt mais démontre une simple logique : les hommes étant toujours les dépositaires de leurs temps, nonobstant l’originalité visible ou repensée de leurs actes.
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Le projet demeure très lié à l’Afrique, continent naturel et levier d’Archimède de l’Europe. Vue ici très proche d’un Venner. Sauf que l’Afrique de 1930 reste un continent vide. La réalité démographique nous éloigne d’une telle facilité.
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Néanmoins, si des publications sont légions, la réalité des projets est très lointaine. De plus, le thème Européen ne devient véritablement central qu’à partir de 1943, avec le retournement des armes.
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page 34
Du double visage du fascisme italien
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Dernière période d’unification et de modernisation économique de l’Italie
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Tentative bien molle de porter un projet italien ou justement fasciste aux expériences de l’homme nouveau du temps - à partir de la République de Salo en 1943
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page 55
Discours de Mussolini devant le Conseil National des corporations le 14.11.1933
“L’Europe n’est plus le continent qui conduit la civilisation humaine… L’Europe peut encore tenter de reprendre le gouvernail de la civilisation universelle si elle trouve un minimum d’unité politique”
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page 63
En novembre 1937, Mussolini adhéra au pact anti-Kommintern, qui réunit ainsi les trois alliés de la prochaine guerre. Il reposait sur L’idéologie allemande des grands espaces plus ou moins reprises par les deux autres : l’Europe pour le Reich, la Méditerranée plus le Moyen-Orient pour l’Italie, l’Asie pour le Japon selon une pensée géostratégique et une idéologie raciste : trouver l’espace suffisant pour les ambitions et le développement des peuples supérieurs au-delà du morcellement des États-nations issus du 19e siècle, tout en échappant à la mondialisation libérale.
Reprise Schmittienne
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page 69
L’Allemagne nazie “organisme complexe qui ne se limite pas aux Führer”
Rappel d’une hydre administrative très puissante et complexe de l’Allemagne nazie, réflexion sur une dimension de sa puissance ou de sa chute.
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page 70
Première idéologie européenne allemande issue du Second Reich : un grand Sollwerein autour de la Milttel Europa, réunie par les valeurs autoritaires et conservatrices opposées au libéralisme océanique. Todd applaudirait des deux mains
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page 85
Grossdeutsh vs Grossgermanisch
Opposition réelle et plus fondée sur la doctrine allemande, au dessus de la question européenne.
“Hitler oscillait entre la vision d’une Europe simple glacis politico-stratégique pour un Reich grand-allemand, sans vrai contenu européen, et celle d’une Europe comme une hiérarchie de peuples dirigés par l’Allemagne, mais porteuse de la culture aryenne et rempart contre la mondialisation judéo-capitaliste ou judéo-bolchevique”
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page 97
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Projet euro-africain combiné entre l’Italie, formalisé dans les années 1935-1936 et l’Allemagne, formalisé par le fait en 1940.
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Rejet des traités de 1920
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Rejet de la mondialisation libérale
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Vision résolument impérialiste/ avec une dimension raciale qui ne quittera que tardivement, et dans les discours, les représentations nazies (p150 sur le gouvernement du protectorat de Bohème-Moravie)
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page 183
Vichy et une partie des chancelleries occidentales inscrivent encore le moment 1940 comme celui d’un concert des Nations classiques, devant se terminer par un nouveau traité de Vienne, où le gouvernement français devrait atteindre la meilleure place.
A voir sur une histoire diplomatique entre le XIXe et le XXe, de la négociation à la reddition sans conditions. Influence de la guerre totale sur les représentations.
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page 193
Doctrine de Vichy - mémento remis à l’Ambassadeur Bergery lors de la visite à Moscou le 26 Avril 1941.
“La politique recherchée par l’Etat français est celle dite de la collaboration européenne. Elle n’est pas fondée sur la défaite subie par la France ou sur une disposition hostile à l’Angleterre. Elle est l’expression d’une nécessité historique qui aurait dû s’imposer depuis le début du XIXe siècle, qui aurait dû s’imposer en 1919 et qui devrait s’imposer demain même si finalement le Reich ne sortait pas vainqueur du conflit.”
Une collaboration mais sans hégémonie - chacun cherche sa place dans un contexte aussi changeant. Puis une France intégrée dans une Europe allemande. Les autorités occupées sont bien sûr tributaires de la situation générale et du poids réel ou affirmé que peut prendre Vichy, qui ne cessera de diminuer avec la suite de la guerre.
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page 199
Sur la collaboration bicéphale
“On a fort judicieusement fait remarquer qu’il fallait distinguer deux courants, la “collaboration d’Etat” des gouvernements qui estimaient, comme Vichy, que le Reich ayant gagné la guerre, force était de marcher avec lui et de s’adapter au “nouvel ordre européen” afin d’y trouver la meilleure place possible et le mouvement des collaborationnistes idéologiques, fascistes convaincus, partisans d’une véritable révolution européenne.”
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page 204
François Perroux, collaborateur de Jean Monnet, plume dans la Revue Idées, s’engageant dans l’organisation de l’Europe. Avec deux thèmes fondamentaux : planification de l’économie et organisation de l’Europe.
Inscrite dans la “Liste globale de la littérature à promouvoir”.
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page 233
“Hitler était très conscient de la supériorité économique et industrielle des Etats-Unis en particulier pour les nouveaux biens de consommation. Il voyait venir l’américanisation de l’Europe. Pour résister, celle-ci devait s’organiser sous direction allemande pour y faire face”.
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page 256
De l’autonomie entrepreneuriale des grandes firmes, adaptant leurs stratégies dans les vicissitudes de l’Histoire.
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page 276
Du miracle économique allemand d’après guerre : la rénovation du capital productif par le rapt généralisé. 85% du parc de machines survécut au bombardement.
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page 279
Un espace économique européen préexistant et dépassant déjà les frontières nationales. L’Europe comme projet capitalistique : un grand marché et une rationalisation des productions.
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page 288
“… La recherche récente montre que les comités d’organisation de Vichy furent largement repris dans l’administration économique d’après 1945, à commencer par celle du Plan et ses commissions de modernisation. Et de là devait découler très vite le plan de Communauté Européenne de charbon-acier de 1950. […] Les origines de la CECA sont à rechercher du côté des réflexions et des accords et premières tentatives d’organisation économique du continent depuis les années 1920 sans en excepter la Seconde Guerre mondiale.
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page 300
Les objectifs sociaux économiques affichés de l’Axe :
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Réorganisation de l’économie européenne vers l’autonomie
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Adoption du modèle corporatiste - base de la Charte du travail italienne.
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“il est clair que le programme économique et social de l’Italie fasciste ou du Reich n’apparaissait pas comme aberrant aux Européens de l’époque.”
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page 304
Programme économique du Reich :
“Hitler développe lui-même son programme devant ses collaborateurs : un logement et une voiture pour tous, un système universel de congés, de retraite, une formation professionnelle développée, la participation aux bénéfices de l’entreprise. C’est à peu près ce programme que réalisera la RFA après la guerre.”
Avec un succès réel du programme économique du Reich (page 308)
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page 448
réponse des Résistances pour la fédéralisation européenne. Déclaration des Résistances européennes du 07 Juillet 1944
[publishable_fr.pdf
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page 452
Des changements de la société allemande - la modernité achevée
“un plus grand égalitarisme, la remise en cause de la conception traditionnelle des élites, au moins l’impossibilité de ne pas tenir compte de l’avis des subordonnés dans les entreprises, qui deviennent de vraies communautés de travail, avec davantage de considération pour les travailleurs manuels”
Dans les rapports sociaux, le conservatisme prussien se substitue dans une plus grande liberté sexuelle et une valorisation de la place de la femme.