Ouvrage reprenant les réponses parlementaires d’Aristide Briand, rapporteur de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Illustre la volonté libérale et modérée de Briand face aux outrances anti catholiques de la gauche mais aussi la défense farouche d’une France Fille ainée de l’Eglise en perdition par la droite. Objectif de présenter la laïcité française sous un jour de liberté : de croire et d’organiser le culte, de ne pas croire et de ne pas, par ses impôts financer une Eglise.

Intérêt politique : exacerbation de la lutte anti religieuse de certains, sans commune mesure avec la relation pacifiée de l’Eglise et de la République de nos jours. Idem, peu de propos aussi virulent sur l’islam, même de ses plus farouches opposants.

  • Sur le mandat impératif - interpellation d’un député mentionnant le fait qu’ils n’avaient pas été élus pour passer une telle loi p.27 AB

    En vous voyant ici les électeurs n’ont pas prétendu, j’imagine, vous enfermer dans un cercle restreint de prévisions étroites et numérotées à l’avance. Leur confiance en vous, d’une façon générale, à élargi votre mandat aux proportions de toutes les responsabilités que les événements peuvent vous entraîner à prendre au cours d’une législature. Autrement ce serait la négation du régime parlementaire, lequel se trouverait par la même exposé à toutes les hésitations, incurablement voué à toutes les impuissances. Nous nous faisons une autre idée de notre mandat.

  • Sur le financement des cultes - interdiction aux collectivités - AB p40

    Il n’est pas possible de concevoir par exemple la séparation des Églises et de l’État, sans que cette conception soit exclusive de toute inscription au budget de l’État, des départements des communes d’une subvention quelconque virgule à un titre quelconque virgule en faveur d’un culte`.

  • Du droit commun des cultes - précisions AB p81

    La République assure la liberté de conscience, ainsi que le livre exercice des cultes, qui en dérive ; d’une façon générale elle déclare les garantir et elle n’apporte d’autres restrictions à l’usage de cette liberté de ce droit que celles qui sont imposées par le souci de l’ordre public

  • sur le rôle du législateur - AB p132

    Quand on touche à une matière aussi délicate, autant de sentiments complexe et respectable se trouve en jeu, il faut le faire d’une main prudente et légère.

  • Sur les fondements du projet de la commission - AB p 142 / p 145 et 147

    Le projet qui vous est présenté place résolument la séparation sous les auspices de la liberté. II faut qu’il en soit ainsi, car la liberté de l’Église ne doit être restreinte que dans la mesure où le commande le souci de l’ordre public. S’il en est parmi vous qui redoute vraiment l’usage que l’Église pourrait faire de cette liberté ; s’il croit fermement qu’elle deviendra si redoutable que l’existence même de la République pourrait en être compromise, alors je leur dis : votre devoir est de ne pas voter la séparation. Mais si vous croyez pouvoir vous déterminer en faveur de cette grande réforme, alors fait qu’elle soit nette, franche et loyale, digne de vous et digne de la République.

    Pour nous, républicains , la séparation c’est la disparition de la religion officielle, c’est la République rendue au sentiment de sa dignité et au respect de ses principes fondamentaux. Ils lui commandent de reprendre sa liberté, mais ils n’exigent pas que ce soit par un geste de persécution. Il faut que la séparation marque aussi pour l’église une heure de liberté plus large et plus complète. Pour moi, la séparation est toute entière dans la dénonciation du Concordat, dans la suppression du budget des cultes, dans la disparition du caractère officiel dont sont investis aujourd’hui l’Église et ses ministres et qui constitue le meilleur de leur prestige et de leurs forces. Telles sont les préoccupations qui doivent surtout vous déterminer à l’heure du vote.

    Si vous voulez que la raison libre ait un abri, construisez-le-lui, mais n’essayez pas de la faire coucher dans le lit de l’Eglise. Il n’a pas été fait pour elle.

  • Sur l’obstruction parlementaire - AB p233

    Et maintenant je supplie mes collègues et amis de la gauche d’apporter plus de méthode et de discipline dans cette discussion. Elle est déjà difficile, elle sera rendue impossible si tous les amendements - ils sont plus de 200 à l’heure actuelle, dont la moitié au moins déposé par des partisans de la séparation - sont maintenus. Vous n’ignorez pas qu’il y a deux moyens de faire échec à une réforme. Il y a celui qui consiste à voter nettement contre elle ; et puis il y a l’autre, celui qui consiste, par la voix des surenchères à la rendre si difficile, si incohérente, qu’elle devienne inapplicable.

    Le législateur qui se livre à ce petit jeu assume vis-à-vis de son pays et vis-à-vis de sa conscience une responsabilité que je ne voudrais pas partager avec lui.

  • Sur la protection des catholiques - propos similaires avec d’autres … p 238 AB

    Beaucoup de catholiques français désirent seulement n’être pas troublé dans leur tradition, dans leurs habitudes, veulent garder la liberté, à l’abri de toute persécution possible virgule d’exprimer leurs sentiments religieux. Vous n’avez pas le droit de les brimer, d’inquiéter leur conscience.

  • Du rôle de la loi et de son équilibre - AB p 285

    Monsieur Allard voudrais que l’église fut, par une loi d’État, réduite à ce qu’il appelle l’impuissance. Une loi n’a jamais pu heureusement réussir à réduire à l’impuissance ni les individus ni leur groupement encore moins leur pensée. Un tel résultat ne peut être que l’oeuvre de la pensée elle-même servi par une propagande active et intelligente. Une loi qui se proposera un tel but ne pourrait être qu’une loi de persécution et de tyrannie : c’est ce que nous avons voulu éviter.

  • Passage célèbre du vêtement ecclésiastique - p299 AB

    Le silence du projet de loi au sujet du costume ecclésiastique n’a pas été le résultat d’une mission mais bien au contraire d’une délibération mûrement réfléchie. La commission a pensé qu’en régime de séparation la question du costume ecclésiastique ne pouvait pas se poser. Ce costume n’existe plus pour nous avec son caractère officiel c’est-à-dire quand en tant qu’uniforme protégé par le code pénal. La soutane deviendra dès le lendemain de la séparation un vêtement comme un autre accessible à tous les citoyens prêtre ou non

  • De la question de la religion dans l’espace public - p306 AB

    Cette loi laisse subsister les emblèmes religieux actuellement existants, et cette tolérance implique forcément le droit de les réparer pour les tenir en bon état. Mais, pour l’avenir virgule il doit en être différemment. La rue, la place publique sont à tous. Pourquoi revendiquez-vous le droit vous catholique en régime de séparation, de violer la neutralité confessionnelle en exposant au regard des citoyens qui peuvent ne pas partager vos croyances, des objets exaltant votre froid et symbolisant votre religion ? Votre conscience ne peut donc être libre qu’à la condition de pouvoir opprimer celle des autres ?

    A l’avenir si vous voulez élever des édifices ayant un caractère artistique avec tous ces symboles religieux, faites-le chez vous sur vos maisons ; mais ne nous obligez pas à subir ces manifestations sur des édifices ou sur des terrains qui ne sont pas seulement à vous, catholique, mais qui sont à tous les citoyens français.