Nicolàs Gomez Davila est le plus européen des Colombiens. Son texte, forts d’aphorismes puissants et poétiques, nous plonge dans une pensée exilée, où ne souffle pas les Andes ou les chants noirs d’un Neruda, mais le spleen des boulevards pluvieux et les vents des montagnes de Bavière.
Ainsi, ne lisez pas ce livre si vous désirez l’étranger ou se sentir dans la moiteur dénudée de Bogotà ou de Meddellin. Au contraire, lire NGD c’est s’étonner de sa proximité, c’est un compatriote perdu, un exilé de l’Histoire, on est presque triste pour lui. Il ne parle jamais des soubresauts politiques de ces pays incapables et enfin il avoue : “ma patrie, c’est le catholicisme”, et rien n’est plus européen qu’un tel aveu. Des quartiers de Carthagène et au bord des Andes voilà le souffle de l’Europe.
Un livre de droite, s’il en est, des manques, bien évidemment, le mépris de la question sociale et du matérialisme, creuset de toutes déceptions démocratiques, mais aussi une véritable fierté et une suffisance amusante et jubilatoire.
Peu importe la sordide pénombre organique d’où naît une idée : ce qui compte, c’est sa pointe dure de diamant.
Dans ce siècle tout entreprise collective édifie des prisons
La maturité spirituelle commence lorsque nous cessons de nous sentir en charge du monde. 4 Pourrait s’appliquer à l’Europe encore en état de minorité vagissante
L’amour est l’organe avec lequel nous percevons l’irremplaçable individualité des êtres.
Une foule homogène ne réclame pas la liberté. La société hiérarchisée n’est pas seulement la seule où l’homme peut être libre mais aussi la seule où il lui est pensable de l’être.
Le bourgeois livre le pouvoir pour sauver son argent ; puis il libre son argent pour sauver sa peau ; et finalement on le pend. (Ce n’est plus partout vrai…)
Avant sa victoire, le militant communiste mérite le plus grand respect. Après, il n’est plus qu’un bourgeois affairé.
Ce siècle de pédagogie prolétarienne prêche la dignité du travail, comme un esclave qui calomnierait l’oisiveté intelligente et voluptueuse.
Aimer le peuple est une vocation d’aristocrate. Le démocrate ne l’aime qu’en période électorale.
Quand on cessera de lutter pour la possession de la propriété privée, on luttera pour la jouissance de la propriété collective.
Aussi bien la morale chrétienne que la païenne sont des individualismes éthiques, qui n’imposent des devoirs sociaux que comme moyens de notre perfection terrestre ou de notre énigmatique salut.
Le vulgaire admire plus la confusion que la complexité
Après avoir discrédité la vertu, ce siècle a réussi à discréditer les vices.
Les phrases sont des petits cailloux que jette l’écrivain dans l’âme du lecteur. Le diamètre des ondes concentriques qu’ils engendrent dépend des dimensions du bassin.
La science nous trompe de trois manières : en transformant ses propositions en normes, en divulgant ses résultats plutôt que ses méthodes, en passant sous silence ses limitations épistémologiques. Oh juste idée ! A relier avec l’oeuvre récente de Renaud Camus sur le COVID ou sur l’immigration.
La législation qui protège minutieusement la liberté étrangle les libertés.
La sagesse politique, c’est l’art de fortifier les sociétés et d’affaiblir l’Etat.
Nous commençons par choisir ce que nous admirons et nous finissons par admirer ce que nous avons choisi.
La plus grande astuce du mal est sa transformation en un dieu domestique et discret, dont la présence familière nous réconforte.
L’idée intelligente procure un plaisir sensuel.
La cohérence authentique de nos idées n’est pas due au raisonnement qui les lie, mais à l’impulsion spirituelle qui les engendre.
La civilisation n’est pas un processus de “créativité” continue, mais un système de routines civilisées
L’originalité a besoin de s’adosser à la continuité d’une tradition
Penser comme nos contemporains c’est la recette de la prospérité et de la bêtise
Dieu est la substance de ce que nous aimons (Épitaphe d’Etienne Dumance)
La littérature tout entière est contemporaine pour le lecteur qui sait lire
L’impact d’un beau vers suffit pour faire sauter les détritus sous lesquels notre âme est ensevelie.
Un grand amour est une sensualité bien ordonnée.
Toute civilisation ancienne, riche, mûre, présente une doctrine sévère mais une pratique aimable
Être jeune c’est craindre qu’on nous juge stupide : mûrir c’est craindre de l’être.
L’incertitude est le climat de l’âme.
Eduquer est aujourd’hui une tâche problématique et spécialisée En revanche, une société hiérarchisée éduque spontanément.
C’est dans l’incohérence d’une Constitution politique que réside la seule garantie authentique de liberté.
Appeler sociaux les problèmes qui dépendent de la nature même de l’Homme n’a qu’une utilité : faire croire que nous pouvons les résoudre.
Les amitiés durables se nourrissent de maladresses partagées.
Ce qu’il faut aimer dans NGD c’est sa proximité. On ne sent pas loin, dans ces pays inconnus et peu glorieux d’Amérique latine, mais au coeur d’un jardin à la Française, par une charmante après-midi de printemps où un vieil aristocrate ferait à des jeunes flambant une leçon surranée mais aussi véritable. Le réactionnaire est comme Cratyle, il a partout tort mais il l’emporte à la fin.
Le christianisme contrarie les banales exigences de la raison de l’homme pour mieux combler les aspirations profondes de son essence.
La laideur d’un objet est la condition préalable à sa multiplication industrielle
La passion n’est pas un état pour l’homme, mais sa fin.
Tout ce qui exalte rachète.
Seules les éducations austères forment des âmes fines et délicates.
Le venin du désir est l’aliment de la passion
Les livres […] barricades contre l’ennui
Le nivellement est le substitut barbare de l’ordre
La personnalité de nos jours, est la somme qui impressionne les sots
La loi est l’embryon de la terreur
Un corps nu résout tous les problèmes de l’univers
Nous ne blâmons pas le capitalisme car il fomente l’inégalité, mais pour favoriser l’ascension de types humains inferieurs.
En croyant dire ce qu’il veut, l’écrivain ne dit que ce qu’il peut.
Nous voudrions non pas caresser le corps que nous aimons, mais être la caresse.
Nous n’avons connu qu’un urbaniste de génie : le temps.
Pour exploiter tranquillement l’homme, il faut avant tout le réduire à des abstractions sociologiques.
Les opinions libérales, démocratiques, progressistes, cavalcadent à travers l’histoire en laissant une traînée de civilisations incendiées.
Dieu n’est pas la compensation futile de la réalité perdue, mais l’horizon qui nimbe les sommets de la réalité conquise.
Aimer c’est sentir le poids du corps absent contre le nôtre.
Le communiste hait le capitalisme par complexe d’Oedipe Le réactionnaire, lui, ne le fait considérer d’un oeil xénophobe.
Les sociétés agonisantes luttent contre l’histoire en émettant des lois.
Seule la quiétude et la routine nous livrent la pulpe des choses, des essences, des êtres.
Qui prétend mûrir doit être indifférent à l’ennui. Les civilisations sont la lumière émise par de patientes monotonies.
Apprécier ce qui est démodé, c’est le triomphe du goût authentique.
Le paganisme est l’autre Ancien Testament de l’église